La route est tracée

Ahmed CHARAI

Les éléments de démocratie ont toujours existé au Maroc depuis l’indépendance. Cependant, de graves distorsions existaient, en particulier des violations des droits de l’homme, la limitation de la liberté d’expression et la manipulation des scrutins électoraux. Dans son désir de rupture avec ce passé, le Maroc a opté pour une voie originale, dans le cadre de la justice transitionnelle.

L’IER (Instance équité et réconciliation), institution créée et dotée de larges pouvoirs, devrait délimiter les violations graves des droits de l’homme, faire la lumière sur toutes les affaires et surtout dégager les voies permettant de s’assurer de l’impossibilité de tels actes dans l’avenir. Car le principe, c’était de reconnaître les torts de l’Etat, de compenser les victimes, mais sans rechercher la vengeance ou les responsabilités individuelles. S’ensuivit une véritable opération de catharsis collective, dévoilant des souffrances souvent insoupçonnées.

L’IER permit au Maroc de dépasser une page sombre de son histoire, mais surtout de démontrer son engagement sur la voie irréversible de la démocratie. Tous les courants de pensée, y compris les plus extrêmes, s’expriment désormais publiquement, sans aucune gêne.

Quant aux élections, depuis l’accession du Roi Mohammed VI au trône, elles se tiennent à leur échéance, de manière transparente, saluées comme telles non seulement par les partis politiques, mais aussi par les observateurs internationaux présents.

La modernité pour le Roi a une acceptation universelle. Elle concerne les structures sociales, administratives, législatives avant de concerner les infrastructures matérielles. Le Maroc a adopté une politique ultra-volontariste en faveur de la femme. Le code de la famille, promulgué en 2004, reconnaît l’égalité juridique des époux et rétablit un équilibre entre leurs droits. Il bannit la répudiation, rend extrêmement difficile la polygamie et protège les droits matériels de la femme. Le Maroc a aussi opté pour la discrimination positive dans le cadre de la représentation politique, un quota étant réservé aux femmes, tant dans les instances nationales que régionales. Par ailleurs, le Maroc a ratifié, sans réserve, toutes les conventions internationales liées à la condition féminine ou à la protection de l’enfance.

D’autres réformes visant l’administration, l’éducation, la justice ont été lancées. Tout ceci, alors que la décennie, marquée par le lancement de grands chantiers d’infrastructures, a connu un taux de croissance moyen de 5,7%. La voie est donc tracée. Mais tout est-il parfait ? Assurément non.

Ainsi, la balkanisation du champ politique (36 partis participent aux élections) et la faible mobilisation des électeurs qui en découle handicapent la marche des institutions représentatives. La réforme de l’éducation nationale, comme attendue, ne donne pas de résultats immédiats. Il faudra sûrement attendre des années pour en évaluer les effets. De même que la réforme de la justice n’a pas encore réussi à rétablir une confiance absolue des justiciables dans la primauté de la règle de droit. Cependant, la menace la plus grave pour le devenir du Maroc reste la question sociale. Le Roi a hérité d’une situation alarmante. La pauvreté, souvent extrême, touche des millions de Marocains. Ce constat est inquiétant. C’est sur ces îlots de pauvreté que fleurissent les extrémismes, l’incivisme et l’analphabétisme. L’exemplarité marocaine ne fonctionnera que si des résultats palpables sont réalisés sur ce front. Le Maroc n’y arrivera que s’il est par ailleurs soutenu convenablement. Et il est clair que l’Europe est concernée à plus d’un titre.

La décennie de règne de Mohammed VI a changé le Maroc en profondeur, mais en douceur. C’est l’une des transitions démocratiques pacifiques les plus originales dans la région.

La normalité démocratique

Depuis l’intronisation de S.M Mohamed VI le Maroc a connu plusieurs consultations électorales. Les échéances sont scrupuleusement respectées, ce qui n’était pas le cas auparavant et surtout, partis et observateurs sont unanimes : ces élections sont transparentes et les résultats sont sincères. C’est l’une des ruptures importantes avec le passé. Cette normalité démocratique a été renforcée par un arsenal juridique cherchant à éliminer les perversions constatées auparavant et à assurer au processus un contrôle légal par l’appareil judiciaire.

Le Roi engagé dès 2005 à choisir le Premier ministre parmi la majorité. La démarche démocratique, telle qu’on l’appelle, vise à renforcer les institutions élues. Le monde électoral choisi, le scrutin de liste et la proportionnelle avec un seuil de 6% des voix a deux objectifs majeurs et cohérents. D’abord renforcer le caractère politique des élections, ensuite combattre la balkanisation pour permettre des alliances fortes. La loi sur les partis, une fois totalement passée dans les faits poursuit elle aussi les mêmes objectifs, à savoir l’émergence des partis forts réunis dans des pôles cohérents.

Droits de l’homme
La grande rupture

En finir avec les violations des droits de l’homme, tel est le credo du règne de Mohammed VI dès son début. L’Instance équité et réconciliation (IER) a permis de tourner la page de ce que l’on a appelé les années de plomb. Cela a été fait en respectant deux impératifs qui paraissaient inconciliables : la justice et le réalisme politique. Les victimes ont été rétablies dans leurs droits et ont pu s’exprimer publiquement, dans des séances hautement pédagogiques, sur leur vécu. L’Etat a solennellement reconnu sa responsabilité. Cette expérience de justice transitionnelle est devenue une référence mondiale.

Le plus important était de s’assurer que de tels événements ne pouvaient plus se reproduire. L’extension du champ des libertés est une réalité incontournable consacrée par la loi. La loi sur la torture qui responsabilise les individus la pratiquant, le renforcement des droits des détenus avec la possibilité du soutien d’un avocat dès l’arrestation sont des garanties légales. La culture des droits de l’homme est devenue un élément fondamental de l’enseignement en général et de la formation des agents d’autorité en particulier. La situation dans les prisons s’améliore en privilégiant l’approche de la réinsertion. Ces acquis font du Maroc le pays arabo-musulman qui offre à ses citoyens une liberté d’expression et d’organisation, aux standards universels. C’est la marque du règne de Mohammed VI.

Les femmes en pôle position

La cause des femmes a gagné durant cette dernière décennie des avancées inimaginables à la fin du siècle dernier. Il n’y a pas seulement le code de la famille qui n’aurait jamais vu le jour sans la ténacité du souverain, mais un ensemble de mesures visant à assurer l’égalité.

Le code de la famille assure l’égalité des époux et garantit les droits moraux et matériels de la femme dans le cadre du mariage. La levée des réserves et la ratification de la convention ad hoc de l’ONU assurent l’égalité juridique tout court au sein de la société. Le Maroc est le seul pays arabo-musulman à avoir ratifié sans réserve cette convention. La discrimination positive permet à la femme d’investir en grand nombre les instances élues (parlement, chambre des conseillers, communes). La femme accède aux responsabilités les plus diverses (charges ministérielles, direction d’entreprises publiques et même agent d’autorité). L’accent est mis sur la scolarisation des petites filles en milieu rural, sur l’alphabétisation, l’accès à la formation professionnelle. L’approche a permis de dépassionner le débat, qui avait divisé la société marocaine autour du Plan d’intégration de la femme. Aujourd’hui, aucun courant politique ne conteste le bien-fondé d’une approche égalitaire aussi juste que nécessaire au développement.

Sahara La conquête de l’opinion internationale

La question sacrée de l’intégrité territoriale a connu elle aussi un changement important de stratégie. L’impossibilité d’organiser un référendum enlisait le dossier, poussant l’ONU à demander à ce qu’il est convenu d’appeler «les parties intéressées» de faire des propositions alternatives.

La proposition marocaine d’une autonomie élargie pour ces territoires, dans le cadre de la souveraineté nationale, a réussi à convaincre les membres du Conseil de sécurité de l’ONU. Ils y voient une «offre crédible, sincère et réaliste» et une bonne base pour des négociations sérieuses en vue d’une solution politique définitive du problème.

Le Conseil de sécurité, par ses dernières résolutions, écarte l’option séparatiste et conforte la position marocaine. Ce sont les adversaires du Maroc, l’Algérie et le Polisario, qui apparaissent comme une entrave aux efforts de l’ONU.

Ces gains diplomatiques sont appuyés par la nouvelle gestion sur le terrain. Celle-ci conforte les libertés et optimise l’effort de développement en dehors du système rentier. L’approche du tout sécuritaire n’est plus de mise. Ceci a pour effet d’effriter les structures du Polisario et de renforcer le flux des retours.

Une monarchie unie

Affirmer que la monarchie est la colonne vertébrale du Maroc est aujourd’hui une vérité digne de Lapalisse. Cela est d’autant plus vrai que singulièrement et contrairement aux familles royales européennes, la famille régnante au Maroc est issue du peuple. C’est cela même qui fait sa force, fonde sa légitimité et la rend populaire. Pour s’en rendre compte, il faut voir l’engouement que soulève chacune des visites que le souverain effectue dans les provinces du pays. Mohammed VI, comme son prédécesseur d’ailleurs, revêt dans l’exercice de ses fonctions trois casquettes. Il est commandeur des croyants, sultan du makhzen et roi moderne du royaume du Maroc, et donc le patron de l’exécutif. Mais ceci n’est pas la seule singularité par rapport aux autres monarchies. Au Maroc, seul le roi incarne l’institution monarchique. C’est à travers lui que la royauté existe et persiste. La famille royale n’a de rôle à jouer que celui que le roi lui octroie. Ainsi, l’histoire retient une date symbolique. Celle du discours de Tanger prononcé par la princesse Lalla Aïcha, jeune princesse aux cheveux découverts. Mohammed V choisit sciemment une princesse pour rendre hommage à la femme marocaine et envoyer un message clair sur l’implication de la famille royale dans le processus de modernisation du pays. Le peuple et la monarchie ne font depuis lors qu’un seul corps.

Engagement social

Aujourd’hui comme ce fut le cas hier, Mohammed VI entend bien faire participer la famille royale à certains projets sociaux. Ainsi, le Prince Moulay Rachid prend à cœur de doter le Maroc du plus grand festival du cinéma du continent. Un pari que le frère cadet du roi est en passe de réussir comme il s’emploie d’ailleurs à redorer le blason du trophée Hassan II de golf. Le Prince représente son frère aux différentes manifestations internationales. C’est le cas également de l’épouse du roi, la princesse Lalla Salma, qui joue un rôle de plus en plus important sur le plan caritatif. Sa fondation de lutte contre le cancer découle d’une préoccupation personnele, mais également d’un souhait de la maison royale de se rapprocher des «peines» quotidiennes des Marocains.

Les sœurs du roi ainsi que ses tantes ont chacune un rôle précis à jouer dans un secteur précis, généralement social. Elles apportent du réconfort aux Marocains et démontrent à chaque fois que le lien entre les Marocains et la famille royale est fort et procède d’une histoire d’amour qui dure depuis des siècles et qui continue sous l’impulsion d’un chef d’orchestre qui, magistralement, règle les partitions pour qu’il n’y ait jamais de fausses notes.

Lalla Salma
L’humanitaire avant tout

C’est un véritable conte de fée que vit Salma Bennani depuis qu’elle est devenue l’épouse du Roi du Maroc. Cette condition ne lui a pas fait oublier la cause des plus démunis. Au contraire, elle a usé de son rang pour lancer une grande opération contre une maladie jusque-là taboue pour les Marocains. A travers l’Association Lalla Salma de lutte contre le cancer, qu’elle a fondée et qu’elle préside, elle mène un combat sans relâche pour l’amélioration du quotidien des malades et de leurs conditions de soins. Un activisme reconnu par le peuple marocain et par l’OMS qui l’a promue Ambassadrice de bonne volonté.

Lalla Hasna
Sauver l’environnement

La sœur benjamine de Mohammed VI porte dès son jeune âge un intérêt particulier à l’environnement. Elle préside d’ailleurs la fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement qui sensibilise les citoyens à la préservation de l’environnement. Pendant la saison estivale, la princesse lance une campagne de propreté des plages auprès des estivants afin de diffuser la culture environnementale. Lalla Hasna, comme ses sœurs, a plusieurs cordes à son arc. Elle voue un grand intérêt aux affaires sociales et culturelles. Elle parraine ainsi l’association des villages «SOS Enfants» et la Société marocaine d’archéologie et du patrimoine.

Lalla Meryem
Sur tous les fronts

Le 6 mars 1982, les Marocains découvrent une jeune princesse aux traits souriants et déterminés. Lalla Meryem, fille aînée de Hassan II, venait d’être nommée par son père Présidente des services et œuvres sociales des Forces armées royales. Une tâche qui n’est pas de tout repos et qui a nécessité des efforts considérables de la part de la princesse, notamment au moment crucial où la guerre au Sahara faisait rage. Et Lalla Meryem ne se contente pas de ce rôle, puisque dès qu’il s’agit de donner du réconfort aux citoyens elle est présente. Ainsi, elle préside l’Association marocaine de soutien à l’UNICEF, la Fondation Hassan II pour les RME et l’Observatoire national des droits de l’enfant.

Lalla Asmaa
A l’écoute des sans-voix

La discrétion de la princesse ne l’empêche pas de s’engager auprès des populations les plus précaires du Maroc. Ainsi, Lalla Asmaa mène, à la tête de la fondation qui porte son nom et qui est dédiée aux sourds-muets, un combat acharné pour que cette frange de la population ait accès le plus normalement du monde à une vie décente et normale. Un soutien précieux qu’elle prodigue généreusement à une catégorie de citoyens que la nature n’a pas du tout gâtés.

Moulay Rachid
Le prince galant au grand cœur

Le frère cadet du roi est un modèle du genre. Discret, élégant et d’une gentillesse proverbiale. Il voue une admiration et un amour sans bornes à son frère. D’ailleurs, il n’hésite pas à sillonner les quatre coins du monde pour représenter le royaume. Une tâche dont il s’acquitte merveilleusement bien. Si on ne lui connaît pas de vie mondaine, on sait par contre qu’il est féru de golf et de cinéma dont il préside les deux événements les plus en vue au royaume : le Festival international du film de Marrakech et le trophée Hassan II de golf qu’il a érigés en deux grands rendez-vous mondiaux.

Le cercle des quadras

C’est la garde rapprochée du souverain. Des quadras qui constituent le premier cercle qui entoure le chef de l’Etat et travaille avec lui en étroite collaboration. Ils ont accès aux dossiers les plus importants et jouent à la fois le rôle de confidents et de conseillers. Dans l’imaginaire populaire, ils sont le prolongement du pouvoir royal, même si cela n’est pas toujours vrai.

Fouad Ali El Himma Le redoutable stratège

De l’aveu même de ses détracteurs, FAH est le plus fonceur des compagnons du roi. C’est lui qui a le plus d’affinités avec le souverain. Pendant 9 ans, c’est Fouad Ali El Himma qui a hérité des dossiers politiques et sécuritaires du royaume. Il a su mener à bien les tâches dont le patron l’a chargé : Circonscrire «démocratiquement» les islamistes et faire adhérer la «gauche radicale» au projet du nouveau règne. Aujourd’hui, il continue la même mission, mais avec d’autres moyens. L’homme a un redoutable sens tactique et une persévérance à toute épreuve qui font de lui l’étoile montante de la politique nationale.

Rochdi Chraïbi Le Makhzen vous parle

Même s’il n’occupe pas officiellement la fonction, ce natif d’Ouarzazate, discret, joue à la fois le rôle de directeur de cabinet royal et celui de chambellan du roi. C’est lui qui, le plus souvent, formule la volonté royale aux hauts commis de l’Etat et aux chefs des partis politiques. Le tout Rabat qui compte le sait. Quand vous avez Rochdi Chraïbi au bout du fil, c’est que soit vous êtes dans les petits papiers du Makhzen qui vient de vous confier une mission ou de vous nommer à une haute fonction, soit que vous venez d’être éjecté du cercle des «serviteurs» de l’Etat.

Yassine Mansouri L’efficacité discrète

Mohamed Yassine Mansouri, l’actuel patron de la DGED, est connu pour sa discrétion. Il n’en est pas moins un homme affable et d’une extrême politesse. Cultivé, il continue à lire malgré sa charge, et adore échanger autour des livres. Homme des dossiers compliqués, des missions en profondeur, il a réussi là où il est passé à reformer, mettre en place de nouvelles structures sans créer de vagues. On ne lui connait que quelques amitiés, solides, inébranlables. Ce n’est pas un jet-setter, aussi incroyable que cela puisse paraitre vu son métier… Pieux, il a hérité de son milieu familial l’attachement à une pratique pieuse, mais tolérante de la religion. A la DGED, il est aux confins de tous les dossiers brulants, ce qui en fait un personnage des plus importants de l’appareil d’Etat. Il n’en demeure pas moins le plus discret.

Mounir Majidi L’économiste en chef

Dans le domaine économique, c’est le plus proche collaborateur du roi. Il est également en charge de la fortune de la famille royale et de l’intendance des palais. C’est lui qui a mené, avec beaucoup de succès, au lendemain de l’accession de Mohammed VI au trône, la rationalisation des dépenses au sein des résidences royales et des palais ainsi que la restructuration du secrétariat particulier de Sa Majesté. Ces dernières années, Mounir Majidi a été en charge de mettre en place la stratégie des «champions nationaux» qui devait doter le Maroc d’entreprises leaders, chacune dans son domaine d’activité. Une stratégie déjà en marche et qui semble porter ses fruits.

Taïeb Fassi-Fihri Le négociateur

L’homme est un bourreau de travail. C’est également un homme de dossiers. Quand il a été nommé ministre des Affaires étrangères plein galons après une décennie dans l’ombre de Mohamed Benaïssa, il s’est empressé de s’entourer d’une jeune garde de cadres compétents. Taïeb Fassi-Fihri est adepte d’une diplomatie ferme et volontariste. D’ailleurs, avec lui on s’éloigne de la diplomatie « cornes de gazelle » pour se rapprocher d’un outil moderne et en phase avec les réalités géopolitiques.

Abdelaziz Meziane Belfqih Le sage

L’homme a l’idée du service public chevillée au corps. Cet ingénieur «ponts et chaussées», qui a le caractère ferme des gens de l’Oriental, a eu très tôt conscience des carences du Maroc au niveau des infrastructures et des équipements. Il’est donc tout à fait logique que le roi le charge du suivi des grands chantiers qui éclosent un peu partout dans le royaume. L’avantage de Belafqih est que c’est un «ancien» qui se projette résolument dans l’avenir. C’est pourquoi, c’est lui qui «gère» les dossiers les plus complexes comme l’enseignement et la question amazighe. Deux chantiers qui avancent avec méthode et détermination.

Mohamed Moatassim La plume

Ce brillant professeur de droit constitutionnel originaire de la Chaouia est reconnu pour sa discrétion, sa modestie et sa profonde connaissance des rouages de l’Etat. C’est lui qui le plus souvent formule la pensée royale en discours. C’est lui également qui donne lecture la plupart du temps aux lettres royales. S’il n’est pas au premier plan des contacts avec le monde politique, cela ne l’empêche pas de théoriser les actions politiques du nouveau règne. Une tâche qu’il accomplit parfaitement au service de la monarchie sans que cela ne fasse de lui un «Machiavel» en puissance comme l’était à une certaine époque feu Réda Guédira.

Réforme religieuse
Mohammed VI contre l’anarchie

Mohammed VI a lancé en 2004 une grande réforme du champ religieux marocain. Cette révolution silencieuse intervient dans une conjoncture caractérisée par l’anarchie des fatwas amplifiées par les chaînes satellitaires arabes et les sites internet. Restructuration du ministère des Affaires islamiques, révision de la législation sur les lieux de culte et modernisation de l’enseignement religieux dans le royaume, tels sont les principaux aspects de cette vaste réforme. Une commission a aussi été créée pour donner des avis religieux sur des questions d’intérêt général et réglementer les fatwas.

Mise à niveau

En 2008, l’opinion internationale s’était émue de la fatwa du cheikh Maghraoui, qui dirigeait l’Association Dar Al Quran à Marrakech, autorisant le mariage des filles dès l’âge de neuf ans. Cette fatwa avait été condamnée par le Conseil supérieur des oulémas et l’association avait été fermée. La même année, le roi Mohammed VI a entrepris la réforme du Conseil supérieur des oulémas, des imams et des mosquées. Un Conseil des oulémas pour les Marocains d’Europe avait été également créé.

Juin 2009, un programme de mise à niveau des imams a été lancé dans les villes et les campagnes. Selon le ministre des Affaires islamiques Ahmed Taoufiq, il existe au Maroc 45.000 imams dont 82% n’ont aucune formation de base. «Ils ont juste appris le coran par cœur» explique le ministre. Par ailleurs, dans un mouvement d’ouverture et de modernisation, des prédicatrices ont été formées. Les Marocains commencent alors à écouter des femmes. La réforme touche aussi l’Institut supérieur d’études islamiques Dar Al Hadith Al Hassania qui enseignait uniquement les sciences islamiques. De nouvelles disciplines comme les études religieuses comparées, les langues, anciennes et vivantes, et les sciences sociales et économiques ont été introduites. Pour donner plus de visibilité à cette réforme, une chaîne de télévision et une radio dédiées à la religion ont été créées. Désormais, les oulémas, les imams et les prédicateurs peuvent obtenir des bourses de recherches pour poursuivre des études dans des universités anglo-saxonnes. L’imam et le prédicateur sont tenus d’avoir des connaissances plus globales au lieu d’être limités aux questions purement religieuses. Mohamed Khalidi, le secrétaire général du Parti renaissance et vertu, résume bien cette nouvelle conception du rôle des hommes de religion. Pour lui, «un théologien doit aussi avoir des connaissances en psychologie et en médecine». «Il ne suffit plus d’avoir un diplôme en études islamiques pour être théologien», dit-il .

Mohamed Hamdaoui, président du Mouvement unicité et réforme (MUR), une association proche du Parti de la justice et du développement (PJD), estime quant à lui que «le vrai défi est de pouvoir répondre à la demande des Marocains en matière de fatwas plutôt que de s’adresser aux muftis des chaînes satellitaires du Moyen-Orient». Ainsi le roi récupère du terrain perdu par le Maroc au profit des chaînes satellitaires dont les fatwas créent plus de problèmes qu’elles n’apportent de solutions.

Les MRE aiment toujours leur pays

Sept Marocains résidant à l’étranger (MRE) sur dix déclarent se rendre au Maroc au moins 1 fois par an. Le sondage réalisé par le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger et dont il a publié les résultats en juillet, est plein d’enseignements. Les Marocains n’ont pas oublié le pays d’origine. Bien qu’on puisse déceler des différences selon les pays et selon les générations, le sondage n’en donne pas moins une image concrète d’une réalité. Les MRE ont fait l’objet de soins particuliers de la part de l’Etat marocain. Ils ont un ministère pour s’occuper d’eux, un conseil consultatif, des organisations non gouvernementales également. Résultat, le lien avec le pays est toujours aussi fort. Les Marocains de l’étranger maintiennent des liens familiaux solides et même des liens financiers via le soutien direct aux familles (6 MRE sur 10). 37% des MRE ayant fait l’objet de l’étude ont déclaré posséder un bien immobilier dans le pays. Par ailleurs, 52% des MRE de la 1re génération envisageraient de passer leurs vieux jours au Maroc. Pour la 2e génération, le Maroc est le pays des vacances et des visites (73% des cas). Par ailleurs, 40% des enfants de Marocains vivant en Europe envisageraient une installation durable au Maroc. Les MRE, de première ou de deuxième génération, restent attachés au Maroc, tout en ayant renforcé leurs processus d’intégration dans les pays de résidence. Si le lien est toujours aussi fort c’est que l’Etat ne lésine pas sur les moyens. La communauté marocaine résidant à l’étranger est trop importante pour ne rien faire pour elle. A chacune de ses visites, le roi prend soin de recevoir les Marocains résidant dans le pays qu’il visite. Bien sûr, auparavant, les choses se faisaient un peu au hasard. Aujourd’hui, le CCME que dirige le militant Driss El Yazami introduit la méthode scientifique pour mesurer tous les phénomènes qui interviennent dans la relation du Maroc avec ses citoyens expatriés.

Les mesures phares des dix ans de règne de Mohammed VI

Transparence des élections communales et législatives. Désormais tout se sait sur les élections. Toute fraude est sanctionnée sans état d’âme. Les politiciens n’ont pas vraiment saisi le sens du changement, ce qui a donné beaucoup de matière à la Justice.

Abaissement de l’âge de vote à 18 ans. Les jeunes ont le droit de s’exprimer. Ce qui leur était interdit auparavant. Avec cette loi, ils sont considérés comme de véritables citoyens.

Renforcement substantiel des prérogatives du Conseil consultatif des droits de l’homme (CCDH ) par l’émergence d’une nouvelle instance chargée d’apurer l’ensemble des dossiers se rapportant aux violations des droits humains qu’avait connues le pays durant les «années de plomb». Et ce, dans un esprit de réconciliation nationale, d’équité et sans recours aux tribunaux.

Nouveau concept de l’autorité fondé sur le respect de la dignité des citoyens, l’amélioration des conditions de détention et de garde à vue, favorisant la réconciliation des citoyens avec l’autorité.

Promulgation du Code de la famille, événement socio-politique majeur à travers l’ensemble du monde arabo-musulman qui marque une reconnaissance, sans détours, des droits des femmes et des enfants, et assure la stabilité de la famille.

Amnistie au profit des détenus politiques et levée des mesures d’assignation à résidence qui avaient touché, jusqu’en 1999, de nombreuses personnalités considérées parmi les anciens et actuels opposants, tels l’ancien activiste marxiste Abraham Serfati.

Réformes successives du système judiciaire et son adaptation progressive à la nouvelle donne démocratique, économique et sociale du pays. Ses aspects les plus saillants sont l’amélioration continue de la condition pénitentiaire et l’annulation de la Cour spéciale de justice (CSJ). Parallèlement à ces réformes judiciaires, plusieurs dossiers brûlants ont été présentés devant la justice marocaine touchant plusieurs dignitaires de l’Etat, directeurs et chefs de grandes entreprises étatiques pour détournement de deniers publics et abus de biens sociaux, confortant ainsi le principe de l’égalité de tous les citoyens marocains devant la justice.

Profonde réforme du paysage médiatique national, notamment par la réforme et la libéralisation du secteur de la presse et de l’audiovisuel ainsi que par l’installation, pour la première fois dans l’histoire du pays, d’un Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA.)

Instauration de l’instance Diwan Al Madhalim chargée en particulier de statuer sur les cas et les injustices non élucidés.

Réhabilitation de l’amazighité en tant que source incontournable du patrimoine culturel marocain et une nouvelle démarche politique pour le règlement de la question du Sahara marocain, fondée sur la transparence et la gestion du territoire saharien dans les mêmes conditions de transparence et de démocratie régnant dans le reste du Royaume…

Sahara L’indépendance est dépassée

Pour le Doyen Michel de Guillenchmidt, Professeur à l’Université Paris Descartes, l’initiative marocaine d’autonomie dans les provinces du Sud permet la résolution de manière “pragmatique et moderne” de la question du Sahara, tout en se référant au principe d’autodétermination et aux dispositions de la Charte des Nations Unies. Le Doyen a expliqué lors d’un colloque au Sénat français (29 juin) sur le thème: “Le développement politique, social et économique du Maroc. Réalisations (1999-2009) et perspectives” que’”à bien des égards, l’offre faite par le Maroc aux Nations Unies constitue un projet moderne, qui se fonde sur l’idée que le thème de l’indépendance (..) est dépassé, en raison notamment de la mondialisation, de l’internationalisation des économies et de l’ampleur des circulations des personnes dans l’ensemble de la planète”. Démontrant le caractère désuet et anachronique de l’option d’indépendance, le juriste français a souligné que de nombreux Etats, regardés comme unitaires, se sont orientés chacun à sa manière mais avec un même but de décentralisation, vers des systèmes fédéraux ou qui se rapprochent des régimes fédéraux. Exemples donnés, l’Italie après la seconde guerre mondiale, l’Espagne de l’après Franco, et le Royaume Uni, suite au rétablissement des parlements écossais, en 1997, gallois et d’Irlande du nord en 1998. Le professeur a noté également que la France, Etat unitaire par excellence, infléchit ses principes, dans les dossiers concernant la Nouvelle Calédonie et la Polynésie. Michel de Guillenchmidt a rappelé par ailleurs que l’ancien envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, Peter Van Walsum, avait conclu que l’indépendance du Sahara “n’est pas une option réaliste” et appelé au “réalisme et au compromis”.

Le Maroc dans le monde

L’intérêt du Maroc à l’échelle internationale est certes manifeste en Afrique, où les activités royales ont été très intenses ces dix dernières années, mais aussi au Proche-Orient. En tant que président du Comité Al Qods, Mohammed VI est considéré comme une personnalité de très grande influence dans la région. Le président américain Barack Hussein Obama le savait pertinemment lorsqu’il a adressé une lettre officielle au roi du Maroc : «J’ai souligné que nous partageons des principes communs de justice et de progrès, de tolérance et de dignité pour tous les êtres humains», a dit le président Obama, ajoutant que «ces principes devraient nous inspirer à atteindre une paix globale qui comprend une solution à deux Etats et une résolution rapide du conflit arabo-israélien». Barack Obama compte beaucoup sur le roi du Maroc : «En tant que président du Comité Al Qods, Vous pouvez contribuer à ce que ses membres agissent de manière constructive en vue de la réalisation de nos objectifs communs. Je suis confiant que nous pouvons travailler ensemble pour mettre en place les bases de négociations fructueuses en faveur de la paix pour tous les peuples de la région», a souligné B. Obama dans sa lettre. La position internationale du Maroc est très appréciée et la lettre d’Obama explique pourquoi : «J’apprécie Votre engagement personnel en faveur de la promotion du dialogue entre les religions et les cultures et je salue Vos efforts, et ceux de Votre gouvernement, pour développer les liens dont nous avons besoin pour faire face aux défis majeurs du monde contemporain».

Coopération Sud-Sud
Quand le roi va en Afrique

Le geste a été qualifié de généreux. Les pays africains les moins avancés ne devaient plus rien au Maroc. En plus, leurs produits pouvaient entrer sans payer le moindre centime pour les droits de douane. Dès cette décision, le Maroc allait progresser sur la voie d’une coopération basée sur le développement humain. Le roi ne s’est plus absenté trop longtemps de l’Afrique. Mauritanie, Congo démocratique, Sénégal, Burkina Faso, Guinée équatoriale, Cameroun, Bénin, Gambie, Niger… Autant de pays que le Souverain a visités dès les premières années de son intronisation. Le Maroc y a signé plusieurs conventions et accords de coopération et y a lancé des projets sociaux au profit des populations, en particulier en milieu rural et dans les zones reculées où les services sociaux font défaut. En juillet 2005, le roi a visité la localité de Maradi, à 550 km au sud de la capitale nigérienne Niamey, pour s’enquérir des besoins de ses habitants, confrontés à une pénurie alimentaire sans précédent, due à la sécheresse qui sévissait dans la région depuis plusieurs années. Le souverain démontrait ainsi sa préoccupation humanitaire. Il se rapproche des populations menacées de famine et de maladies en Afrique. Mohammed VI concrétise ses actions envers ces populations avec la création de la Fondation Alaouite pour le développement humain durable, dont le siège est au Sénégal. La Fondation a pour objectif de financer des programmes de développement dans les pays frères et amis. Le Maroc fournit ainsi l’aide matérielle directe et logistique pour alléger les effets de catastrophes et fléaux naturels (sécheresse, criquets pèlerins, maladies, épidémies), en envoyant sur place des équipes médicales, civiles et militaires, pour conduire sur place de longues missions, médicales et paramédicales, en faveur des populations rurales.

Les tournées royales en Afrique ont eu également un impact très bénéfique sur le monde des affaires. Les opérateurs publics et privés y ont trouvé l’occasion de s’investir dans le processus de développement local, en offrant à ces pays l’assistance, le savoir-faire et l’expérience marocaine. Exemples les plus emblématiques : Maroc Telecom, Attijariwafa Bank, le Groupe Banques populaires, Royal Air Maroc… Toujours dans le domaine de la coopération africaine, le Maroc accorde des bourses d’études à des centaines d’étudiants africains et envoie des missions sur place, constituées de professeurs et d’experts, pour superviser des sessions de formation au profit de nombreux cadres. Le Maroc est également présent dans le champ spirituel où des liens solides l’unissent à plusieurs pays africains. Le nombre croissant de mosquées construites par le royaume en témoigne.

Présence marocaine en Europe

Le Maroc s’intègre progressivement dans le marché intérieur de l’Union européenne. Cette dernière lui a accordé le statut avancé qui vise à renforcer les échanges et impliquer le Maroc dans les instances européennes. Un pas de plus après l’accord d’association avec le royaume, conclu en 1996 et en vigueur depuis 2000. Pour le ministre des Affaires étrangères, Taïeb Fassi Fihri, “cet engagement européen sur le statut avancé est d’abord le témoignage d’une confiance dans l’effort du Maroc en termes de réformes politiques, de consolidation de l’Etat de droit, d’une meilleure justice, de réformes économiques, de cohésion sociale et de lutte contre la pauvreté”. Par ailleurs, le Maroc a adhéré au Centre Nord-Sud du Conseil de l’Europe en tant que membre à part entière. Il est le premier pays non européen à intégrer ce Centre conformément à son statut avancé, dont il jouit depuis octobre 2008, et qui lui confère le droit d’adhérer à un certain nombre d’instances européennes. En rejoignant cette instance, le Maroc témoigne encore une fois de sa volonté de renforcer son rapprochement avec l’Europe et confirme davantage sa disposition à toujours œuvrer en faveur de la promotion de la paix, de la stabilité et de la sécurité dans le pourtour méditerranéen. C’est le couronnement d’une démarche initiée depuis plusieurs mois, et qui s’est soldée par un franc succès. En effet, la demande d’adhésion marocaine a été soutenue à l’unanimité. Elle s’inscrit dans le prolongement du grand chantier de réformes initié par le Roi Mohammed VI en faveur de l’ouverture démocratique, du renforcement de la bonne gouvernance et de la promotion des droits de l’homme. Le Centre Nord-Sud a pour mission de fournir un cadre à la coopération européenne pour sensibiliser davantage le public aux questions d’interdépendance mondiale et promouvoir des politiques de solidarité conformes aux objectifs et principes du Conseil de l’Europe, c’est-à-dire dans le respect des droits de l’homme, de la démocratie et de la cohésion sociale.

Le modèle keynésien
Le Maroc vu de l’extérieur

Pour le quotidien économique français La Tribune, la politique des grands chantiers engagée par Mohammed VI a permis au Maroc de résister à la crise économique. La Tribune souligne que le Maroc a réussi son décollage économique et a réalisé des avancées notables dans plusieurs domaines. Grâce à cette politique, le Maroc a pu échapper à la déprime de ses voisins européens, explique la publication, qui donne en exemple l’aménagement de la vallée du Bouregreg. Le Maroc «est le théâtre d’importants chantiers d’aménagement, de construction, initiés par le lancement des grands projets», note La Tribune qui souligne qu’outre les autoroutes et les voies ferrées, ces chantiers «comprennent surtout en point d’orgue» la création de Tanger-Med, le premier port de transbordement d’Afrique qui est en passe de devenir le premier de la Méditerranée avec Tanger-Med II. Par ailleurs, sur le front social, la lutte contre la pauvreté, avec l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), lancée en 2005 par Mohammed VI et dotée d’un budget de 800 millions d’euros, «a aussi contribué à l’augmentation de la richesse par habitant de 1.407 à 2.423 dollars entre 1999 et 2009». Pour La Tribune, «le miracle économique marocain, qui s’est traduit par un doublement en dollars du PIB en une décennie, est en ce sens une belle revanche du modèle keynésien». «Le Maroc est devenu au cours de la dernière décennie un pays émergent», avance un diplomate européen en poste à Rabat, cité par La Tribune, qui en veut pour preuve l’importance de l’investissement, dont la part dans le PIB est passée d’un quart à un tiers en dix ans. Le quotidien économique français affirme également que «ce décollage du Tigre de l’Atlas a été rendu possible grâce à la manne des privatisations, mais aussi des subventions des grandes institutions internationales».

Un pays émergent

Les entreprises n’ont jamais vécu une période aussi faste que celle de ces dix dernières années. Les grands groupes et les sociétés cotées à la bourse de Casablanca se sont installés dans un mouvement de croissance en rupture totale avec les années précédentes. Ce n’était pas par hasard. L’Etat marocain a tout fait du côté de la législation pour que les entreprises marocaines aient le moins de contraintes possibles. Les réformes fiscale et de la Justice ont été menées de front en concertation avec le monde économique. Il en est de même de la réforme financière, celle-là même qui a permis au Maroc de se maintenir hors de la zone de turbulence qui a secoué l’économie mondiale. Les grands chantiers lancés et suivis au jour le jour par le Souverain ont donné au Maroc un sérieux coup de fouet. Partout les chantiers sont lancés, au Nord, au Sud, dans l’Oriental, au centre… La répartition du développement se fait de manière plus égalitaire. Aucune région n’est laissée à l’abandon. L’Initiative de développement humain a été lancée pour accompagner ce développement afin que les plus vulnérables des Marocains puissent tirer profit de cette dynamique. Le Maroc est considéré comme un pays émergent, certains l’appellent le Tigre de l’Atlas. Un titre reconnu aujourd’hui par les acteurs économiques internationaux. Le tigre de l’Atlas arrive à grande vitesse.

CGEM Oser et innover

Mohamed Horani, le président de la CGEM, a qualifié le bilan de la confédération durant ces dernières années de positif. «La nouvelle équipe doit achever les chantiers ouverts et en démarrer d’autres» a-t-il déclaré lors d’un entretien accordé à l’Observateur du Maroc. L’ambition de M. Horani est de contribuer à faire de la CGEM un levier de mobilisation des entreprises tout en renforçant leur compétitivité. «Notre ambition est d’inciter les entreprises à créer des produits et des services à très forte valeur ajoutée. Pour relever ce challenge, tant à l’échelle nationale qu’internationale, notre pays a besoin d’une entreprise citoyenne et innovante, qui ose conquérir de nouveaux marchés, en mettant au cœur de sa stratégie la valorisation du capital humain» a plaidé Mohamed Horani. Le manifeste du patron des patrons est «Oser & Innover». Ce leitmotiv est décliné à travers un plan d’action : «Notre ambition est basée sur la vision claire d’insérer le Maroc dans l’économie mondiale du savoir grâce à une entreprise marocaine citoyenne qui ose et qui innove. Nous avons choisi de présenter notre feuille de route triennale en dix points. Cette feuille fait le point sur les grands chantiers : PME, fiscalité, export, les RH, le code de travail, la justice, etc.

L’aboutissement d’un tel challenge dépend du renforcement du rôle de la CGEM en tant qu’interlocuteur crédible des pouvoirs publics et des partenaires sociaux. De ce fait M. Horani s’engage à renforcer la structure permanente de la confédération, et à impliquer davantage les fédérations et les unions régionales dans le processus de prise de décision et de mise en œuvre de ses actions.

Fiscalité Un système plus juste

Nouvelle ère, nouvelle gouvernance. Cela vaut aussi pour la relation de l’administration avec les entreprises. Noureddine Bensouda, le directeur général des Impôts, a toujours souhaité installer un système fiscal plus juste, plus simple et moins pénalisant pour les acteurs économiques. Parmi les mesures incitatives figurent notamment la prorogation de l’exonération du secteur agricole jusqu’en 2013, le renforcement des capacités de financement des petites et moyennes entreprises et l’amélioration du pouvoir d’achat des classes défavorisées et moyennes. La loi de finances 2009 a instauré une baisse de l’impôt sur les sociétés (IS) à 30 % au lieu de 45% auparavant. La loi de finances a introduit d’autres mesures en vue d’améliorer le pouvoir d’achat des citoyens en procédant au réaménagement du barème de l’impôt sur le revenu, à l’augmentation de la charge familiale, à l’encouragement de l’épargne et à la réduction du taux d’intérêt des prêts contractés pour la construction d’un logement destiné à l’habitation principale. S’agissant de la promotion de l’offre immobilière, la loi de finances a prorogé, au profit des promoteurs immobiliers qui concluent une convention avec l’Etat pour la construction de 1.500 logements sociaux, le bénéfice d’une réduction de l’impôt sur les sociétés de 50 %. Ce n’est pas tout. Afin d’accélérer l’adhésion aux services électroniques et au vu des meilleures pratiques observées au plan international, la loi de finances 2009 a institué l’obligation de télédéclaration et de télépaiement de manière progressive pour les entreprises dont le chiffre d’affaires et supérieur ou égal à 100 millions de dirhams.

PME/PMI Des champions à fort potentiel

L’ANPME, opérationnelle depuis 2003, a eu pour principale mission de piloter et de mettre en œuvre le programme national de modernisation compétitive dans son volet conseil et accompagnement des entreprises. Après cinq ans d’existence, il s’est avéré indispensable d’opérer une refonte de la stratégie d’intervention de l’ANPME, de nature à concilier, dans le cadre d’une approche volontariste et pragmatique, la dynamisation de la modernisation compétitive des entreprises avec la mobilisation de moyens pérennes. Ainsi, l’année 2008 a marqué un tournant décisif dans la trajectoire de l’Agence, avec la signature d’un contrat programme avec l’Etat. «Dès sa mise en œuvre, les contours de la nouvelle stratégie d’intervention de l’ANPME se préciseront davantage, montrant le caractère inéluctable d’une démarche volontariste, appuyée par des moyens conséquents, en vue d’un ancrage massif mais ciblé des entreprises au processus de modernisation compétitive, en phase avec les nouvelles orientations stratégiques retenues par les pouvoirs publics pour le développement des PME», estime Latifa Echihabi, directrice générale de l’Agence lors d’une conférence de presse tenue à l’occasion de la signature du contrat. La segmentation des entreprises et le ciblage des actions d’appui revêtent une importance particulière dans cette nouvelle stratégie d’intervention. Pour intervenir, l’ANPME dispose aujourd’hui de deux référentiels, à savoir : les entreprises «championnes» à fort potentiel de compétitivité, et les entreprises en phase de modernisation-restructuration

AMO Mise sur les rails

L’assurance maladie est obligatoire dans le secteur public depuis 4 ans. Plus de 10 millions de personnes bénéficient déjà de ce régime. S’agissant des ressources financières de la CNOPS, celles-ci ont plus que doublé en passant de 1,4 milliard DH à 3,2 milliards entre 2005 et 2008. Le nombre de médicaments remboursables est passé de 1 000 à 2 497, quant à celui des appareillages et dispositifs médicaux, il est passé de 172 à 869. Des efforts avaient été consentis pour garantir la qualité des services et étendre ce régime à de nouvelles catégories de personnes, en particulier les étudiants et les professions libérales. La mise en œuvre d’un système informatique a permis de faire passer les temps d’attente de remboursement de plusieurs mois à moins d’un mois. Les restrictions ont également été levées dans 87% des opérations et les accords de prise en charge des dépenses médicales sont passés de deux à cinq ans pour les patients souffrant de cancers, de diabète et d’hypertension. En trois ans, 700.000 nouveaux adhérents ont bénéficié d’une couverture, portant le nombre total des bénéficiaires de l’assurance à 3,2 millions de personnes.

Groupe Lamrani Présence multisectorielle

Bâti par Mohamed Karim Lamrani, ancien Premier ministre, le Groupe Lamrani regroupe les sociétés holding Safari, Sofipar et Cofimar. Ce holding familial se compose de plusieurs groupes dont des sociétés de l’industrie automobile, d’importation de véhicules (Auto-Hall, Jama Auto) qui font partie de la Société méditerranéenne pour l’industrie automobile (SMEIA), société concessionnaire de BMW, de Land Rover et de MINI. Les autres structures du groupe sont Comicom (matériel agricole), Mokala (fermes de production d’agrumes, des plantes médicinales et de miel), Socodam-Davum (métallurgie), CEMA-Bois de l’Atlas, Mafaco (textile), Somadir (levure), Société marocaine des compteurs Vincent (compteurs), MORI et compagnie Maroc (transit), Compagnie charbonnière commerciale et maritime, Compagnie marocaine de plâtre et d’enduit, Scim chimique.

Groupe Benjelloun La renaissance du phénix

Après une période difficile qui s’étendait de 2000 à 2004, le groupe Benjelloun s’est refait une peau neuve. En 2005, RMA Watanya boucle sa première année de fusion sur des performances phénoménales. Méditel commence à gagner de l’argent. La banque, de son côté, fête une première : le milliard de dirhams de bénéfices. L’action BMCE Bank a renoué avec les sommets de la cote. Le groupe automobile Saida renforce son assise financière. Tout baigne à nouveau pour Othman Benjelloun, qui repart à la chasse. Après s’être ouvert de nouveaux marchés au Sénégal, en Tunisie et en Algérie, il se verrait bien leader en Afrique. C’est ainsi qu’il se paie 35% de Bank of Africa (3e groupe bancaire de l’Union économique et monétaire ouest-africaine), s’ouvrant pour l’occasion les portes d’une dizaine de pays du continent. En novembre 2007, Benjelloun créa Medi Capital Bank (MCB), un établissement financier au cœur de Londres. Le lancement de MCB est l’occasion de s’afficher avec quelques têtes couronnées anglaises et de s’entourer de stars de la finance mondiale. Il constitue un conseil d’administration où on retrouve notamment Peter Cook, inventeur du ratio du même nom, un gourou pour tous les banquiers de la planète. Et pour l’inauguration, il invite carrément le prince Andrew, fils de la reine Elisabeth II. Othman Benjelloun est définitivement relancé.

groupe Holmarcom Une marche sereine

En 2003, le groupe Holmarcom, principal actionnaire de la compagnie marocaine privée Regional Air Lines, a signé un accord de partenariat avec le transporteur low-cost émirati Air Arabia, le plus grand opérateur régional au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. En 2005, le groupe Holmarcom crée l’événement dans le secteur de l’assurance. en ouvrant son capital. Ainsi, la CDG acquiert 40% du capital des compagnies d’assurances Atlanta et Sanad, appartenant toutes deux au groupe Holmarcom. L’évènement prend de l’ampleur pour que le pôle Atlanta-Sanad soit ouvert aux investisseurs et épargnants par l’introduction de 20% de son capital. D’après Mohamed Hassan Bensaleh, président du groupe Holmarcom, «c’est une opération capitalistique intéressante. Elle vise à construire et à développer un pôle d’assurance de référence au Maroc». En mai 2009, le groupe Holmarcom introduit l’enseigne française Atlas au Maroc. L’ensemble de ces investissements n’a pas pu détourner le groupe Holmarcom de l’attrait du secteur immobilier. Son dernier projet en vue, «Cap Tinjis» à Tanger, porte sur un investissement de 3,5 milliards de DH sur les trois prochaines années.

Le groupe Alliances L’expérience dans la peau

Cela fait 13 ans que le Groupe Alliances accompagne le développement immobilier au Maroc. Couvrant l’ensemble du territoire marocain, il travaille sur de grands projets hôteliers et immobiliers. Intervenant sur toute la chaîne, ce groupe s’est spécialisé dans l’étude, le montage et la conduite de réalisations immobilières et touristiques de grande envergure. Alami Lazraq, président-directeur général du groupe Alliances, accompagne ses partenaires hôteliers internationaux dans la réalisation de leurs projets (Groupe Accor, Four Seasons Hotels and Resorts, Le Club Med, TUI, LucienBarrière, W/ Starwood, Park Hyatt, Raffles…). Actuellement, le Groupe se penche sur un nouveau projet luxueux aux portes de Marrakech «Al Maaden Golf Resorts». «Lancé il y a deux ans, le projet est ouvert à la commercialisation depuis septembre 2007 et devrait être entièrement bouclé en 2011», a souligné Alami Lazraq, lors du lancement du projet. Aujourd’hui, Alliances se positionne parmi les premiers opérateurs immobiliers et touristiques intégrés au Maroc

Groupe Addoha
Le géant de l’immobilier

Présents dans 12 villes, le groupe Addoha a fortement contribué au développement du secteur immobilier au Maroc. Tout au long de la dernière décennie, ce groupe a été présent dans plusieurs projets de logement économique. Depuis, il s’est largement diversifié, investissant le champ de l’habitat de luxe où il a également imprimé sa marque. Le Groupe a été le premier en Afrique et dans le monde arabe obtenir la certification ISO 9001 version 2000. La démarche Qualité adoptée a été couronnée par un certificat de qualité délivré par la “SGS European Quality Certification Institute. Cette certification a été reconduite pour une nouvelle période triennale (juin 2004/juin 2007). Ce n’est pas tout. Anas Serfoui, président du groupe Addoha, a souhaité contribuer aux grands projets devenus référence d’un développement régional. La réalisation du projet de Mediterrania Saïdia est significative. « Le groupe Addoha est fier de contribuer à la concrétisation d’une vision royale qui a redonné confiance à la région du Nord. Ce projet est une référence régionale en matière de destination balnéaire, répondant aux attentes et à la demande d’un marché cible et exigeant, en quête de nouvelles découvertes», déclare Jawad Zyat.

L’ONCF Mutations et développement

Pour réadapter le potentiel d’actions aux exigences de l’environnement, l’ONCF a engagé au cours de la dernière décennie des réformes structurantes. Depuis 2002 jusqu’en 2005, l’office a ?uvré pour la consolidation des performances et de modernisation managériale. Pour sortir d’une logique de restructuration, un plan de repositionnement a été défini. Ce dernier est basé sur des orientations fixées dans son projet d’entreprise pour l’horizon 2010. Il s’agit de l’amélioration du positionnement du rail, de perfectionnement des méthodes de gestion et de la continuité d’opérations de mise à niveau de l’appareil de production. Après la phase d’assainissement et d’affirmation des performances, l’ONCF s’est engagé de 2005 à 2009 dans une logique de développement soutenu et continu. Objectif : doubler les résultats commerciaux atteints en 2003, pour réaliser en 2010, un trafic de 30 millions de voyageurs, 10 millions de fret et 30 millions de phosphates. Dans ce sens, un important programme d’investissement a été arrêté et dont l’enveloppe avoisine 18 milliards de dhs. Pour l’aboutissement de ces plans l’Office a engagé au cours de cette dernière décennie des réformes structurantes s’inscrivant dans le souci d’améliorer la productivité ainsi que les performances de l’entreprise.

L’offshoring

L’objectif est d’offrir des sites clés en main pour attirer les activités d’externalisation (traitement d’informations financières, comptables et bancaires ou encore de téléservices), surtout sur les marchés francophones et hispanophones. Durant les prochaines années, le gouvernement marocain développera des zones spéciales dédiées à l’offshoring : Casa-shore, Rabat-shore (Technopolis), Tanger-shore, Marrakech-shore, Fès-shore. Casa-shore sera le premier parc dédié à l’offshoring.

L’automobile

Pour ce secteur, il s’agit de se positionner sur la fabrication de composants, un créneau porteur déjà développé au Maroc. Concernant la mise en œuvre, et à l’instar de l’offshoring, le gouvernement a retenu l’idée d’une cité dédiée aux industries automobiles, baptisée «Automotive City», qui sera probablement implantée dans le Nord, à proximité du port Tanger-Méditerranée et de Tangier Free Zone (TFZ)

L’aéronautique

Tout comme l’automobile, l’industrie aéronautique, autre pilier du programme Emergence, aura sa cité, au sein de la technopole de Nouaceur.

L’électronique

Afin de faire face à la concurrence asiatique en matière d’électronique de masse (télévisions, téléphones cellulaires, etc.), le plan Emergence prévoit que le Maroc se positionne sur les composants plus sophistiqués, notamment ceux servant aux appareillages embarqués pour l’aviation, l’automobile et l’électronique à usage médical, ou encore ceux destinés à la défense. Le plan prévoit la création d’un site dédié, qui sera localisé du côté de TFZ, et qui portera le nom d’«Electronic City».

L’agroalimentaire

Pour ce secteur, le programme Emergence propose une architecture bâtie autour de quatre pôles agro-industriels : le bipôle Meknès-Fès, le pôle du Gharb, le pôle Oriental et le pôle Tadla. Pour l’offensive dans l’agroalimentaire, le plan Emergence a retenu trois axes principaux. Le premier concerne les filières existantes et à fort potentiel comme les maraîchages, les condiments, les herbes et épices et les petits fruits. En revanche, le deuxième axe propose un positionnement sur de nouvelles filières en forte croissance comme la transformation des produits «bio» et les plats cuisinés. Enfin, le dernier axe consiste en une relance plus agressive dans les filières traditionnelles du Maroc comme l’olive, l’huile d’olive, l’huile d’argan et le jus d’orange de qualité supérieure.

Les produits de la mer

C’est presque le seul secteur dans lequel le Maroc se démarque nettement de ses principaux concurrents, dont la Turquie, la Tunisie et l’Egypte. Avec un dispositif plus agressif et en s’orientant, comme le préconise le programme Emergence, vers des produits plus élaborés comme le congelé et les produits haut de gamme, essentiellement le poisson frais, il pourrait faire mieux. Pour la mise en œuvre, le principal pôle de développement de ce secteur sera naturellement implanté à Agadir.

Le Crédit Agricole du Maroc
Partenaire historique

Selon Tariq Sijilmassi, le président du groupe Crédit Agricole « Le Maroc est un pays à vocation agricole et il le restera ». Le président a tenu à préciser que son institution financière est le partenaire historique de l’agriculture dont il a toujours été solidaire. Il a accompagné le secteur et ses opérateurs quelle que soit leur taille, et ce, depuis 1961. Le 31 octobre 2008 est un tournant important dans l’approche du Groupe CAM vis-à-vis du Plan Maroc Vert. Il se matérialise par la signature entre le ministère de l’Agriculture, le ministère des Finances, et le Groupe Crédit Agricole du Maroc du contrat-programme portant sur l’accompagnement financier de la banque au Plan Maroc Vert au titre de la période 2009-2013. Dans le cadre de cette nouvelle stratégie de développement agricole, la banque s’est engagée, avec toutes ses ressources, dans la réalisation de l’objectif qu’elle s’est fixé. Ainsi elle consolide sa qualité de principal pourvoyeur de fonds du secteur par la mise à disposition de 20 milliards de dirhams représentant 40 % des financements externes alloués à ce Plan dans les cinq prochaines années. Pour la réalisation de cet objectif, la banque s’est appuyée sur les plans régionaux pour identifier les projets d’agrégation à financer dans les différentes filières retenues par le Plan Maroc Vert. Les financements ont commencé depuis le lancement de la campagne agricole 2008-2009.

Aéronautique
Le temps de l’open sky

L’accord d’open sky entre le Maroc et l’Europe qui a été signé en décembre 2006 venait parachever une libéralisation du transport aérien entamée en 2004. Il a été un véritable succès pour le Maroc : entre 2004 et 2007, le trafic vers le Maroc a progressé de 19% par an, le nombre de fréquences hebdomadaires est passé de 560 à 991. L’année 2007, année de pleine application de l’accord a enregistré : Le passage de 22 compagnies aériennes desservant le Maroc avec des vols régulier internationaux à 44 compagnies, avec la création de près de 150 vols hebdomadaires additionnels, marquant ainsi un nouveau palier dans l’évolution du secteur. L’année 2007 a également connu un taux de croissance du trafic aérien global au Maroc de 17%, soit la plus forte croissance enregistrée l’année dernière du transport aérien au niveau mondial, Le Maroc avait signé en 2001, un accord d’open sky avec les Etats-Unis d’Amérique également. Cet accord a permis de lancer de nouvelles compagnies aériennes marocaines : Jet For You (2006) et Air Arabia(2009). Face à une concurrence très vive et qui attaque Royal Air Maroc sur se marchés traditionnels, la compagnie a adopté un positionnement basé sur trois piliers à savoir, un modèle de production concentré sur le Hub de Casablanca et les vols long courrier ; un modèle de production avec des vols point à point au départ des marchés européens vers la province marocaine.

Tanger Med
Sortir le Nord de sa léthargie

En lançant les travaux d’extension de la plate-forme portuaire Tanger-Med, Mohammed VI a assis les bases d’un nouveau développement de la région nord. Ce chantier titanesque portera, à terme, la capacité de Tanger-Med à 8,2 millions de conteneurs/an, le hissant ainsi parmi les 10 plus grands ports au monde. La réalisation des deux nouveaux quais à conteneurs de Tanger-Med II et l’ensemble de ses infrastructures nécessitera un investissement colossal de 9,25 milliards de DH. Le chantier, qui sera réalisé en deux phases, a été confié, sur la base d’un contrat clés en main, à un groupement d’entreprises piloté par “Bouygues Travaux publics”, en association avec Bymaro, Besix, Saipem et la Somagec. Le 4e quai à conteneurs, d’une longueur de 1200 mètres et de 60 ha de terre plein, pour une capacité de 2,2 millions de conteneurs, a été confié à un opérateur national. Marsa-Maroc, qui a obtenu la concession de ce quai pour un investissement global de 320 millions d’euros avec une mise en service prévue courant 2014, opère ainsi un tournant décisif dans sa croissance et marque son entrée dans la cour des grands opérateurs portuaires. Mohammed VI avait donné en 2002 le coup d’envoi du grand projet Tanger-Méditerranée. Ce complexe portuaire comprend, outre un port passagers et roulier, et un autre à conteneurs, un centre tertiaire intermodal et surtout de vastes zones franches destinées à abriter des unités industrielles opérant dans des secteurs porteurs. Le projet vise un marché de proximité de 600 millions d’habitants comprenant l’Europe de l’Ouest, l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique du Nord, ainsi que l’Amérique du Nord. Une fois achevé, le port permettra le transit chaque année de 8,5 millions de conteneurs, 7 millions de passagers, 3 millions de véhicules et 10 millions de tonnes d’hydrocarbures.

Zone industrieuse

Le port de Tanger Med ainsi conçu redonnera vie à une vaste région grâce à la plate-forme industrielle qui se développe. Cette zone a été étendue à 5.000 ha au lieu des 1.000 ha initiaux afin de répondre aux demandes des opérateurs désireux d’implanter leurs activités dans cette zone stratégique offrant plusieurs facteurs de compétitivité. Parmi les premiers intéressés, Renault a déjà commencé son installation qu’il avait décidée avec son partenaire nippon Nissan. Malgré le retrait de ce dernier en raison des difficultés financières, le constructeur français a décidé de maintenir son projet à Tanger, compte tenu de sa viabilité et du fait que de tels investissements s’inscrivent dans le long terme, quelle que soit la conjoncture. Ainsi la production de l’usine démarrera, dans un premier temps, avec une capacité de 170.000 véhicules par an. L’usine de Tanger assemblera deux types de voitures basées sur la plate-forme de la marque Logan, un modèle à grand succès du constructeur. Une extension est prévue deux années plus tard avec l’objectif de 400.000 unités/an, faisant ainsi de cette usine la plus importante unité du constructeur dans la région méditerranéenne.

En mars de cette année, l’équipementier automobile américain, Delphi Automotive Systems, a inauguré à la Zone franche de tanger (TFZ), sa 2e usine de fabrication de câblage pour l’industrie automobile avec un investissement de plus de 300 millions de DH.

ONA
Une croissance audacieuse

Fatima-Zohra Jdily

Les secteurs qui ont fait de l’ONA un géant national à présence multisectorielle vont de la distribution à l’agro-alimentaire en passant par les activités financières. Le holding voit grand. Il veut renforcer ses acquis et repartir à la conquête d’autres domaines d’activités qui s’inscrivent dans la nouvelle vision de ce champion national. Ainsi l’ONA dirige le regard vers les télécoms, l’immobilier, l’énergie et l’environnement comme relais de croissance. La mission ne semble pas aussi simple qu’on pourrait le croire. Les résultats de Wana, qui ont viré au rouge en 2007, ont servi de leçon. Se recentrer et se diversifier ne sont pas une mission difficile mais spéciale. D’où la nomination de Moatassim Belghazi à la tête de la société holding et ses 17 filiales. Accrocher la licence téléphonique 3 G par l’opérateur Wana n’est pas la seule mission de M. Belghazi. Sa tâche est beaucoup plus profonde et plus ample. Il s’agit de recentrer l’ONA sur les métiers qu’il maîtrise.

L’ONA reprend du souffle

Les métiers en croissance autofinancés (banque et distribution) affichent une très bonne croissance. Le secteur agroalimentaire se redresse grâce à l’amélioration des performances industrielles et des synergies post-acquisition au niveau de Cosumar, à la bonne tenue de Centrale Laitière et au retour à la normale des marges de raffinage de Lesieur. Attijariwafa Bank améliore ses niveaux de rentabilité sur le marché national dans un contexte de forte concurrence. Le Résultat net part du groupe (RNPG) récurrent, hors plus-value de cession d’AXA-ONA au premier semestre 2007, s’améliore de 47% et s’établit à 907 millions de DH. Globalement, la structure du conglomérat lui permet de maintenir de bons niveaux de rentabilité tout en finançant le développement des relais de croissance (principalement les télécoms à travers Wana, puis l’immobilier et l’énergie). A propos de Wana, son retard a été compensé au cours du premier semestre de l’année 2008. Il a su réduire ses pertes suite au lancement de l’offre Internet + à la carte et de l’offre mobile 3G (prépayé et post-payé). Le nombre de clients actifs Internet à fin juin a évolué de 148% pour atteindre 117.531 clients. Quant à l’endettement net consolidé du groupe, il reste soutenable grâce sa capacité d’autofinancement qui, elle, a progressé de 8% en l’espace de six mois.

L’avenir serein

En anticipant les défis de demain, l’équipe entourant Moatassim Belghazi à la tête du groupe aborde l’avenir avec sérénité. Le groupe entend poursuivre l’optimisation de sa rentabilité financière, tout en saisissant les opportunités de croissance qui se présenteront aussi bien à l’échelle nationale qu’à l’international. Le groupe entend consolider sa croissance dans les métiers de la distribution en Afrique et de la GMS (ouverture de nouveaux magasins, lancement de l’électroménager pour Marjane). Il sera question également d’améliorer la rentabilité et de réussir l’intégration des banques récemment acquises en Afrique. L’engagement de l’ONA dans l’immobilier ciblera davantage les projets de grande taille et de forte rentabilité en introduisant plus de résidentiel afin d’être moins sensible à une dégradation du marché de l’activité «loisirs». L’objectif étant d’assurer un portefeuille mieux diversifié pour la filiale Onapar. Face aux répercussions de la crise internationale, la vigilance est obligatoire. Pour parer à tout problème, l’ONA compte maintenir une discipline financière stricte avec un niveau de liquidité important.

CDG Levier des secteurs stratégiques

Fatima-Zohra Jdily

La mission de la caisse de dépôt et de gestion (CDG) est cruciale pour un Maroc en plein développement. L’institution a mis en ?uvre durant les dix dernières années une vision ambitieuse de filiales spécialisées mais appelées à répondre à des synergies précises, s’inscrivant dans une volonté de recentrage. Ainsi, la CDG, figure de proue de l’épargne et de l’investissement, est aujourd’hui un levier pour tous les secteurs qui constituent la caractéristique majeure de l’évolution économique et sociale du Maroc. La nouvelle organisation de la CDG sépare les activités de marchés des activités opérationnelles (immobilier, tourisme, etc.) et clarifie davantage les modes d’intervention. Elle dissocie également le rôle d’opérateur de celui d’investisseur et permet de procéder à une allocation claire des fonds propres, en améliorant la lisibilité du bilan. Porteur de projets et accrochée à l’exigence de la croissance et de la modernisation du secteur productif, la CDG n’est pas seulement l’établissement public de référence. Elle est aujourd’hui une institution incontournable aussi bien à l’échelle nationale qu’internationale. Aujourd’hui, elle vit une nouvelle étape avec un nouveau management à la tête duquel officie Anas Alami.Aujourd’hui, la mise en place des filiales au sein de CDG développement se fait de manière progressive. Tous les autres investissements importants qui ne rentrent pas dans une logique de développement (participations minoritaires ou stratégiques dans les secteurs financier, industriel et de services), qui ont comme support des avoirs autres que les fonds propres de la CDG et qui visent un rendement financier à moyen et long termes seront désormais regroupés dans Fipar Holding. Cette réorganisation a permis de procéder à une allocation claire des fonds propres, en améliorant la lisibilité du bilan. La nouvelle organisation métier de la Caisse de dépôt et de gestion permet de mieux :

Séparer les activités opérationnelles des activités de marchés et des investissements financiers ;

Séparer le rôle d’opérateur du rôle d’investisseur ;

Dissocier, au sein des activités opérationnelles, les activités concurrentielles des interventions de “missions d’intérêt général”;

Améliorer la lisibilité du bilan et des actions de la CDG ;

Améliorer le système de gouvernance au sein du Groupe.

Porteuse de projets et adossée à l’exigence de la croissance et de la modernisation du secteur productif, la CDG n’est pas seulement l’établissement public de référence. Elle est aujourd’hui l’incontournable institution nationale et internationale. Elle devrait devenir, bon an mal an, la veine jugulaire de l’investissement, la source de provisionnement de grands projets et un pôle d’investissement sans équivalent au Maroc.

Le pari du Sud

La création de l’Agence pour la promotion et le développement économique et social des provinces du sud du Royaume, le 6 mars 2002, répond au désir de faire de ces provinces un pôle d’investissement et un modèle de développement régional intégré. L’Agence du sud a mis en œuvre un programme de développement quinquennal 2004-2008, avec une enveloppe de 7,2 milliards de dirhams, pour créer 20.000 postes d’emploi stable dans le cadre de 226 projets. Plusieurs projets ont ainsi vu le jour : renforcement des infrastructures, éradication de l’habitat insalubre, consolidation des équipements collectifs et des zones industrielles, appui aux projets sociaux et de proximité, promotion de l’investissement, création dans chaque région de pépinières d’entreprises dans le tourisme, l’industrie, l’artisanat, l’agriculture, l’élevage… La province de Oued-Eddahab, à elle seule, a reçu en 2008, une enveloppe budgétaire de 300 millions de DH au bénéficie du secteur de l’aménagement urbain. Des investisseurs marocains et étrangers, notamment dans le secteur de l’énergie éolienne, comptent investir pas moins de 16 milliards de DH._

Les Marocains dans l’espace numérique

8,5 milliards de dirhams en 1999, 30 milliards en 2007, soit 7% du PIB. Le secteur des télécommunications a connu un développement accéléré durant les dix dernières années. La politique de libéralisation a généré des investissements colossaux dans un secteur qui évoluait au jour le jour sans vraiment convaincre. Premier instigateur de ce développement, Maroc Telecom a opéré un changement radical de ses structures et son organisation, ce qui a augmenté ses performances à un niveau sans commune mesure avec les niveaux atteints auparavant. L’opérateur historique a également ouvert la voie à l’entrée de nouveaux investisseurs. Meditel d’abord puis Wana ensuite. Alors qu’on pouvait s’attendre à une baisse des performances du premier intervenant, les chiffres d’affaires des trois compagnies ont augmenté de manière régulière depuis leur entrée sur ce marché dont le développement se poursuit encore. Le secteur emploie aujourd’hui près de 37.000 personnes et fournit 120.000 autres emplois indirects. Le Maroc compte aujourd’hui 20 millions d’abonnés pour la téléphonie mobile, sur une population de 33 millions d’habitants, et plus de 2.300.000 pour la téléphonie fixe, soit 25% de plus. 600.000 abonnés et six millions d’internautes ont été recensés, auxquels s’ajoutent plus de 7000 cybercafés. Le Maroc se place ainsi en pôle position dans le continent africain, tout juste derrière l’Afrique du Sud.

Et ce n’est pas fini. Le Maroc a entrepris en 2008 un programme pour desservir 9263 localités dans le monde rural en moyens de télécommunications pour un coût de 1,44 milliard de dirhams. Le programme bénéficiera à près de 2 millions de personnes sur la période 2008-2011, soit 17% de la population rurale. La moitié des ces localités est bénéficiaire des projets de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) lancée en 2005 par Mohammed VI. En outre, 1,1 milliard de dirhams ont été également consacrés à l’équipement, à l’horizon 2009, de 8600 établissements scolaires en salles multimédias connectées à Internet.

Tourisme
Une vision à long terme

Fatima-Zohra Jdily

Autant la conjecture mondiale s’annonçait orageuse pour le tourisme dans le monde, autant au Maroc, la vision du secteur se concrétisait sur le terrain. Grande manifestation de l’entêtement marocain à boucler ses objectifs pour les années à venir : l’inauguration de la station Saïdia Méditerrania. Le tourisme est érigé comme une priorité nationale. Les Assises nationales du tourisme constituent depuis 2001 un moment pour réfléchir sur la stratégie à poursuivre pour ce secteur.

C’est la première fois de l’histoire du Maroc qu’un secteur bénéficie d’une vision à long terme confortée par un contrat programme chiffré et détaillé. Objectifs : 10 millions de touristes, dont sept millions de touristes internationaux; création de 160.000 nouveaux lits portant la capacité nationale à 230.000 lits ; investissement neuf milliards d’euros (aménagement des nouvelles stations balnéaires, infrastructures, hôtellerie et animation). Les recettes devraient atteindre 48 milliards d’euros 600 000 emplois attendus. La contribution du tourisme au PIB devrait progresser en moyenne annuelle de 8.5%, ce qui la porterait à près de 20% à l’horizon 2010.

Beaucoup ont cru que les projections n’étaient qu’une vision de l’esprit. Et contre toute attente le Maroc réalise des chiffres honorables et des recettes estimables. L’évolution du nombre des touristes en témoigne. Le secteur est passé de quatre millions de touristes en 2001 à plus de huit millions aujourd’hui. Les nuitées ont connu une augmentation considérable, de 12 millions en 2001, ils ont atteint les 16 millions en 2008. Le nombre de lits a évolué de 60% pour atteindre à 152 936.

L’autre pilier de la stratégie touristique du Maroc c’est le plan Azur. Il vise le développement de six stations balnéaires de luxe avec hôtels et résidences. Plusieurs concessions ont été signées par des investisseurs étrangers. Il s’agit de Lixus Larache avec une capacité de 12.000 lits, Mogador Essaouira avec 8.700 lits, Taghazout avec 25.000 lits, Plage Blanche Guelmime avec 26.000 lits, Mazagan El Jadida avec 8.000 lits et Saïdia avec 28.000 lits, aujourd’hui opérationnelle. Les travaux de construction sont en cours pour Lixus et Mogador. Le Maroc ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, un Plan Azur a été étendu. Les signatures des conventions pour des projets à Ouarzazate, Tan Tan, Dakhla, Hoceima, Agadir a permis de lancer les appels d’offres.

Développement humain
En finir avec la pauvreté

L’Initiative nationale de développement humain (INDH) vise la réduction de la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale. Pour ce faire, elle entreprend plusieurs actions dont le soutien aux activités génératrices de revenus, le développement des capacités, l’amélioration des conditions d’accès aux services et infrastructures de base (éducation, santé, culte, route, eau et assainissement, protection de l’environnement, etc.), et enfin le soutien aux personnes en grande vulnérabilité. Il ne s’agit pas d’un projet purement économique. L’INDH vise à instaurer une dynamique en faveur du développement humain, cohérente avec les objectifs du millénaire. Trois valeurs sont en jeu : le respect de la dignité de l’homme, la protection et la promotion des droits de la femme et de l’enfant, l’ancrage de la confiance des citoyens en l’avenir et l’implication et l’intégration de tous les citoyens dans le circuit économique

Désormais, participation, planification stratégique, partenariat et convergence des actions ainsi que bonne gouvernance constituent les fondements de la méthodologie employée. Désormais, la lutte contre la pauvreté est une question scientifique. Fini le temps de la charité, les citoyens en situation vulnérable ne recevront pas une aumône, mais pourront compter sur eux-mêmes pour améliorer leur situation avec l’aide des programmes de l’INDH. Le programme est minutieusement établi et toutes les opérations sont évaluées, exécutées et contrôlées. L’argent doit aller à ceux qui en ont besoin. Chaque programme doit respecter une procédure précise d’identification et de sélection des projets pour sa mise en œuvre pour la période 2006-2010 dotée d’une enveloppe de 10 milliards de dirhams.