Cinéma pornographique Filon ethnique et fantasmes raciaux

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Marrakech la rouge et ses riads ombragés, Casablanca la blanche et ses villas discrètes, Essaouira la bleue et ses maisons de pêcheurs tranquilles… entre mer turquoise et océan azur, désert ocre et palmeraies émeraudes, grandes villes lumineuses et petites cités aux ruelles ténébreuses, le Maroc, terre d’ombre et de lumière, carrefour entre l’Europe sophistiquée, l’Orient millénaire et l’indomptable Afrique, a toujours captivé les caméras des cinéastes du monde entier et bercé les nuits des stars du 7e art. D’Orson Wells à Michael Douglas, de Martin Scorsese à Ridley Scott, d’Humphrey Bogart à Brad Pitt et d’Ingrid Bergman à Catherine Deneuve. Mais si la richesse de son histoire humaine, la magnificence de son patrimoine architectural et la beauté insolite de ses sites naturels ont constitué et continuent à composer un décor idyllique pour les grosses productions et autres blockbusters hollywoodiens comme pour les films d’auteur à petits budgets, le «produit Maroc» attire aussi depuis quelques années un autre genre cinématographique, plus lubrique. Du cinéma érotique ou «porno soft», où les rapports sexuels sont juste suggérés, au cinéma pornographique pur et dur, dit aussi «X» ou «hard», où l’acte sexuel est explicitement montré en vue d’exciter le spectateur. L’attrait de l’industrie pornographique pour le Maroc, un pays fantasmé «façon mille et une nuits», outre les raisons pécuniaires et techniques (voir article de Noura Mounib), surfe sur la vague de la tendance dite «interraciale». Une mode dont les plus gros producteurs et petits labels du genre, du français Marc Dorcel, à l’Américain Andrew Blake en passant par l’Israélien Ari Lévy, ont fait depuis quelques années un inépuisable marronnier pour leurs scénarios et une intarissable vache à lait financière. Maghrébin, noir africain, afro-américain, latino, asiatique, européen, européen de l’Est, polynésien, tous les goûts et les fantasmes sont servis dans l’Interracial. Un genre qui a aussi ses icônes, primées tous les ans, comme d’autres «Porn Queens», dans les «Hot d’Or», équivalent des Césars du X : Kobe Tai, Rebecca Linares, Dora Venter, Veronica Zemanova, Nautica Thorn… ou encore la française d’origine marocaine, Yasmine Lafitte, égérie 2008 de Marc Dorcel, figurent parmi les plus connues des vedettes «typées» du X. Mode éphémère, buzz passager, le cinéma de charme se serait-il épris à son tour, après le cinéma «classique», des acteurs d’origine étrangère, reflet de sociétés désormais multiethniques?

Porno pluriel ou racisme larvé?

L’universitaire français Jean-Raphaël Bourge est très loin de cette vision quelque peu simpliste, et remonte jusqu’aux temps coloniaux pour expliquer l’engouement actuel pour le porno interracial : «La pornographie orientaliste et colonialiste est un véritable catalogue racial (…) où trouvent place des figures de genre racisées : la femme lascive orientale, la Négresse sauvage et insatiable, l’homme extrême-oriental androgyne, l’Arabe éphèbe efféminé ou homme violeur, le Nègre animalisé au pénis hypertrophié… Toutes ces images ont pleinement participé à galvauder les sentiments nationalistes et racistes dans une Europe investie dans l’entreprise coloniale (…) montrant par le sexe la supériorité «absolue et naturelle» des hommes blancs sur toutes les femmes, mais également sur les hommes des races dites inférieures», avant d’ajouter : «Aujourd’hui, la pornographie coloniale ressurgit sous d’autres traits, se présentant sous le label «ethnique» (…) Est considéré comme ethnique qui n’est pas blanc européen. Ici, il ne s’agit plus de lointaines colonies, mais de leurs héritières directes, les si proches banlieues (européennes) et ghettos (afro et latino) américains (…) Vu sous cet angle, le porno – y compris le porno gay – est non seulement une construction hétérosexiste, mais plus encore, qu’on pourrait qualifier d’hétéroraciste (…) Ce système vise à assurer une position favorable à une classe sociale, soit principalement les hétérosexuels blancs européens, et à justifier le maintien d’un ordre social discriminant basé sur un croisement de critères sexistes, racistes et homophobes», analyse en substance l’auteur dans son article «Un racisme si sexy» (Colloque «Nos corps, Nos identités», UEEH, Marseille, 24 juillet 2008). Quoi qu’il en soit, néocolonialisme chic ou sexe brut aux clichés primaires, les vidéos et autres films de «beurettes rebelles», de «dangereuses racailles», de «Shérazades voilées et vicieuses», de «blackos au grand matos», «de chaudasses hispaniques» et autres «geishas soumises» figurent en tête des meilleures ventes des cinémathèques érotiques occidentales. Et le site israélien payant amateur «Parpar», mettant en scène acteurs israéliens et palestiniens, de la «garce sous la burqa» au «garde-frontière corruptible» en passant par «la fille du rabbin», reçoit 50.000 visites le week-end et délivre la majeure partie de ses factures à des internautes résidant… dans des pays du Proche et Moyen-Orient.

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