Le développement d’abord

hakim arif

Après le forfait d’Edem Kodjo et le retrait du Maroc de l’OUA, les adversaires du Maroc ont estimé que le désamour entre Rabat et le reste des capitales africaines était fait pour s’installer dans la durée. C’était mal connaître les ressources de la diplomatie marocaine et le poids de l’histoire.

Rabat est présent politiquement dans les dossiers les plus importants de l’Afrique. Nos militaires participent aux missions de paix sous l’égide de l’ONU, que ce soit au Congo par exemple ou dans d’autres contrées.

Les liens avec des pays comme le Sénégal, le Gabon, les deux Congo et le Burkina-Faso sont au zénith. L’absence de l’Union Africaine n’a pas empêché le Maroc de jouer un rôle digne de son rang, dans les ensembles sous-régionaux. Même au niveau continental, Rabat joue un rôle essentiel dans les négociations entre l’Afrique et l’Union européenne. Ce retour en force, le Maroc le doit à sa politique de coopération Sud-Sud. Rabat met à la disposition des pays africains les acquis en matière de savoir-faire, mais aussi une aide au développement conséquente, si on la rapporte au budget national. Ce n’est pas de l’ordre du symbolique, car cette coopération est saluée par les partenaires. D’abord parce qu’elle n’est pas liée à un paternalisme quelconque, ni à des contrats pour les entreprises nationales, ensuite parce qu’elle concrétise un vœu africain, celui d’une coopération Sud-Sud accrue, si essentielle au développement, et capable de desserrer le carcan des relations avec les anciens colonisateurs. Rabat capitale de l’Afrique

Cette méthode et cette stratégie basées sur un engagement réel ont permis au Maroc de redevenir incontournable en Afrique. Si la majorité des Etats-membres de l’Union Africaine souhaite son retour, elle a buté sur les statuts de cette organisation et leur incapacité à rétablir la légalité après le forfait de l’admission de la RASD. C’est donc dans le bilatéral que s’exprime le plus ce net regain d’intensité des relations maroco-africaines. Les visites de chefs d’Etat, les commissions mixtes, les réunions régulières, sur tout le maillage des Etats africains, en dehors de l’Algérie et de l’Afrique du Sud, sont là pour le prouver. Ce renouveau, soutenu par une politique de coopération très dense, a pourtant un point faible. Les entreprises marocaines ne suivent que faiblement le mouvement. Pourtant, il y a des points de croissance à aller chercher en Afrique, tout en renforçant les intérêts communs, souvent socles des relations bilatérales pérennes.

Maroc Telecom Opérateur africain de référence

A Maroc Telecom, les ambitions africaines sont bien ancrées : «En s’appuyant sur sa position de leader des télécommunications au Maroc et sa forte capacité d’anticipation, le groupe Maroc Telecom étend son savoir-faire et son expertise à l’international». Il a plutôt bien réussi son challenge. Le groupe dirigé par Abdeslam Ahizoun s’est forgé une réputation à l’international, en Europe et en Afrique. Grâce à sa cotation sur le marché financier français, l’entreprise est largement connue en tant qu’opérateur international. En Afrique, elle est déjà présente en Mauritanie, à travers Mauritel, au Burkina à travers Onatel et au Gabon via Gabon Telecom. Fort de sa notoriété africaine, Maroc Telecom a séduit également le gouvernement du Mali qui l’a déclaré adjudicataire provisoire des 51% du capital de l’opérateur historique Sotelma. Pour le groupe marocain, l’objectif assigné à toutes ses filiales est d’être des «opérateurs de référence dans leur région et contribuer à y développer les nouvelles technologies de l’Information et de la communication».

Le visage africain du Maroc

Mohamed Semlali

Le 12 novembre 1984, c’est un coup de tonnerre qui s’abat sur les relations entre le Maroc et le reste de l’Afrique. A Addis Abeba, Ahmed Reda Guédira, conseiller de Hassan II, l’air très grave, donne lecture devant l’assemblée de l’OUA (Organisation de l’unité africaine) réunie à l’Africa Hall d’un discours du Roi du Maroc où celui-ci annonce un historique et dramatique «c’est l’heure de nous séparer». Les dirigeants marocains, se sentant trahis par une grande partie de leurs homologues africains, viennent de choisir la politique de la chaise vide… politiquement du moins.

A cet instant, le Maroc change son fusil d’épaule. Il sait qu’il ne pourra pas concurrencer les pétrodollars algériens qui émerveillent et détournent les regards des pays africains souvent pauvres et dirigés par des régimes népotiques. D’ailleurs, ils seront plusieurs leaders africains à dire au Maroc tout bas ce qu’ils n’ont pas osé avouer tout haut. Accepter la RASD (République arabe sahraouie démocratique) au sein de l’OUA est moins le fruit d’une position franchement idéologique que de calculs strictement «pécuniaires».

A l’époque, la capacité de nuisance de l’Algérie est énorme, d’autant plus que ce pays bénéficie de l’appui sans réserves des pays du bloc de l’Est. Parmi des pays se proclamant sommairement révolutionnaires, socialistes et populaires, les arguments algériens ne trouvent pas beaucoup de difficultés à progresser. Le modèle économique algérien où l’Etat, c’est-à-dire le parti unique et ses dignitaires, dispose sans contrôle des ressources étatiques plaît beaucoup en Afrique subsaharienne.

Mais Hassan II est un fin stratège. Il a le sens de l’histoire et il sait que la partie n’est pas finie. Alors, il cultive des relations intimes et personnelles avec les dirigeants africains. Il leur offre ce que l’Algérie ne peut pas accorder. Un pays ouvert sur l’Occident, qui leur sert à la fois de relais et de refuge. En outre, Hassan II encourage les entrepreneurs marocains à investir en Afrique. Au départ, ce sont pour la plupart des commerçants fassis qui ont toujours eu des relations avec les pays du Sahel qui déferlent sur Dakar, Abidjan et Libreville, aidés en cela par des membres de leurs familles qui s’étaient installés sur place depuis les premières années de l’indépendance et parfois bien avant.

Bras armés

Cela dit, ce sont les grands groupes marocains qui seront le bras armé de cette nouvelle politique du Maroc où le business supplante, du moins en apparence, la politique. Le groupe Chaâbi sera l’un des précurseurs en la matière. Il s’installe dès le milieu des années quatre-vingt en Guinée Conakry et en Côte d’Ivoire. La BCP lui emboîte rapidement le pas. Au début des années quatre-vingt-dix, c’est une avalanche marocaine qui s’abat sur l’Afrique. Le modèle algérien lézardé par des années de corruption, de gabegie et de politique économique inefficace ne fait plus recette. Les Africains se tournent vers Casablanca, une métropole en pleine croissance où un pouvoir économique naissant est avide d’expansion. D’ailleurs, les hommes d’affaires marocains sont loin de snober un continent pratiquement vierge et où tout est encore à faire. Othmane Benjelloun y multiplie les incursions. L’ONE et l’ONEP aussi. L’ONA apporte son savoir-faire dans l’agroalimentaire et dans les mines. La RAM regarde de plus en plus vers le sud. Le tout Casablanca bruit des opportunités qu’offre le continent africain.

La diplomatie marocaine surfe sur cet état de grâce économique. La reconnaissance de la RASD recule autant que les entrepreneurs marocains avancent. Et cela n’est qu’un début. Avec l’avènement de Mohammed VI, le Maroc s’engage de plus en plus en Afrique. Le nouveau souverain multiplie les visites dans les pays subsahariens. La profondeur géostratégique africaine du Maroc n’a jamais été une réalité aussi palpable que depuis que Mohammed VI est aux commandes du royaume. Les grands groupes marocains accompagnent ce vœu du roi de s’approcher encore et encore de l’Afrique. La RAM fait de Casablanca le premier Hub vers l’Afrique. Maroc Télécom ne rate aucune opportunité et se déploie elle aussi dans le sud du Sahara. Attijariwafa bank et la BMCE se livrent une bataille pour l’acquisition de places fortes dans le secteur bancaire africain. SOMAGEC crée une filiale africaine et se positionne en constructeur de ports numéro un en Afrique australe. Le professionnalisme, le savoir-faire et la rapidité de réaction des Marocains ne laissent pas indifférents les dirigeants du continent. Le royaume avance à grands pas, les Algériens et le Polisario regardent, ahuris, passer le TGV marocain dans la brousse africaine.

D’après un homme d’affaires marocain présent en Afrique depuis une trentaine d’années, le Maroc a lavé l’humiliation que l’Afrique lui avait faite en 1984 en acceptant la RASD au sein de l’OUA. Même en étant absent des instances politiques africaines, le royaume est devenu un partenaire incontournable pour une majorité de pays africains. Lorsqu’il a remplacé son père à la tête du Togo, Faure Gnassingbé avait déclaré être subjugué par le modèle politico-économique du Maroc. Il n’est d’ailleurs pas le seul dirigeant africain à l’être.

Si la politique a séparé le Maroc du reste de l’Afrique, l’économie l’a rapproché et l’a soudé avec un continent qui, plus que jamais, constitue la profondeur géostratégique d’un Maroc conquérant et confiant en ses moyens.

Do you speak business ?

Karim Rachad

Quand l’économique prime A chacune de ses visites, Mohammed VI est accompagné d’une forte délégation de ministres mais surtout d’hommes d’affaires. Plus question pour le Maroc de rester à l’écart des immenses potentialités dont regorge le continent noir. Il est évident que l’affaire du Sahara, et la volonté de regrouper le plus grand nombre d’appuis africains, forme toujours une trame de fond à cette offensive marocaine. Mais ce n’est pas tout. Au-delà des calculs politiques et diplomatiques, d’autres considérations existent. Elles sont purement pragmatiques. Durant ces dix dernières années, l’accent a été mis par le royaume sur la conclusion d’accords bilatéraux, de nature économique et sociale. Il est devenu clair que le pays veut exporter son expérience en matière de développement humain. C’est d’ailleurs dans ce cadre qu’a été créée la Fondation alaouite, basée au Sénégal, dont le premier fait d’arme est la création d’un hôpital ophtalmique à Dakar.

Et sous l’impulsion royale, de plus en plus d’entreprises marocaines choisissent d’investir en Afrique subsahrienne, et ce aussi bien dans le secteur privé que public. Pour certaines, le tournant africain est imposé par la conjoncture économique mondiale. C’est le cas de la RAM qui, pour dépasser la chute du marché du transport aérien suite aux attentats du 11 septembre 2001, a décidé de faire de Casablanca un hub régional. La compagnie aérienne nationale est actuellement présente au Sénégal à travers Air Sénégal International qu’elle détient à hauteur de 51 % et Air Gabon International. Même si la première expérience a plutôt tourné au vinaigre. Un manque de visibilité invoquée par la compagnie dirigée par Driss Benhima l’a poussée à annoncer son retrait pour juin 2009. La Conamav a voulu faire de même avec l’ouverture d’une ligne maritime entre Dakar et Ziguinchor en 2005, mais l’aventure a tourné court avec la fermeture de cette ligne l’année dernière. Ces difficultés, l’autre géant national, Maroc Telecom, présent en Mauritanie et au Burkina Faso, l’a ressentie au Mali qui a certes décidé de privatiser son opérateur national Sotelma, mais qui aurait demandé une rallonge financière avant la cession finale. La finance africaine a également séduit les banques marocaines. Attijariwafa Bank est ainsi présente en Tunisie, au Sénégal, au Mali, et dernièrement au Congo, en Côte d’Ivoire, au Gabon et au Cameroun, après son dernier deal avec la banque française Crédit Agricole. Il en est de même pour BMCE Bank, présente au Sénégal depuis 2003 et la Banque centrale populaire installée également sur le continent.

De nombreux efforts sont donc fournis par le Maroc pour renforcer sa présence en Afrique. Mais tous demeurent insuffisants, puisqu’une bonne partie du continent n’est pas concernée. Il s’agit des pays d’Afrique australe et du Sud, une région qui connaît une forte présence de la diplomatie algérienne. Avec le Nigeria au centre, l’Afrique du Sud et l’Algérie au nord, un axe foncièrement anti-marocain s’est formé.

«Nous sommes Africains et nous avons la fibre africaine»

L’Observateur du Maroc : Quels sont les fondements de la politique africaine du Maroc ?

Abdellatif Bendahane. Nous sommes Africains et nous avons la fibre africaine. Par conséquent, le Maroc développe une politique de solidarité et de bon voisinage suivant les orientations de Sa Majesté le Roi qui veut développer l’Afrique.

Quelles sont les actions qui concrétisent cette stratégie ?

Le Maroc agit dans plusieurs domaines. Nous sommes présents dans la lutte contre les maladies, comme le sida, la tuberculose ou la malaria. Nous sommes présents également dans le domaine de la formation. A ce titre, je signale que plus de 6.000 étudiants africains poursuivent des études au Maroc et qu’ils sont en majorité boursiers du gouvernement marocain. Ils suivent toutes sortes de formations préparant aux métiers de l’administration ou du secteur privé, dans le tourisme, l’agriculture ou encore l’énergie. La solidarité est manifeste également dans d’autres domaines comme l’électrification. Les pays qui le souhaitent trouvent dans le Maroc le soutien nécessaire à l’électrification de leurs villes ou de leurs campagnes.

Sur le terrain, comment se décline cette solidarité ?

Dans le domaine médical par exemple, le Maroc organise des caravanes médicales dans plusieurs spécialités, dont l’ophtalmologie et la neurochirurgie par exemple. Nos spécialistes sillonnent l’Afrique pour offrir des soins à des populations qui ne pourraient y avoir accès. Ainsi, nous étions aux Seychelles il y a deux mois, nous étions aussi au Mali et une caravane est prévue pour le Congo-Brazzaville. Il faut ajouter aussi que nos hôpitaux, qu’ils soient publics ou privés, accueillent un nombre important de citoyens africains.

Quelle est la situation sur le front économique pur ?

Le Maroc est bien sûr présent sur ce front. De grands opérateurs comme Maroc Telecom, Royal Air Maroc, Attijariwafa bank, BMCE Bank et le Groupe des banques populaires sont déjà bien implantés en Afrique. Maroc Telecom a réussi plusieurs percées et reste très sollicité. La Royal Air Maroc couvre toute la partie ouest de l’Afrique et s’apprête à en faire de même avec la partie Est à Kigali et Nairobi. Les banques citées sont très bien vues en Afrique où elles se sont fait une bonne place.

Quelle est la véritable mesure de ce qu’on appelle la lutte des puissances entre le Maroc, l’Algérie et l’Afrique du Sud ?

Une réalité : le Maroc est une puissance africaine. Plusieurs éléments le confortent dans cette position: son histoire, sa stabilité, son économie et son savoir-faire. Le Maroc est surtout très écouté et son impact est très important dans tous les domaines. Il faut préciser à ce titre que le Maroc est consulté par des puissances comme l’Allemagne, le Japon et la France dans toutes sortes de domaines allant du politique au géostratégique en passant par l’économique.

Nos avons quand même des ennemis.

Nous avons des différends avec certains pays, mais les ponts ne sont jamais coupés. Pour preuve, malgré les différents que nous avons avec l’Afrique du Sud, notre ambassade est toujours ouverte. Il en est de même avec l’Algérie.

«Il y a une lutte pour le leadership en Afrique»

L’Observateur du Maroc Le Maroc est de plus en plus présent sur le plan économique en Afrique. Favoriserait-il les relations économiques aux dépens des relations politiques?

Dr. Khalid Chegraoui. Ces deux volets sont complémentaires, en plus d’autres tels que les relations et coopérations culturelles, scientifiques, techniques et sociales. Mais il reste que l’économique influence largement les relations politiques vers plus de pragmatisme et de realpolitik. Chose qui fait défaut parfois au sein du continent, du moment que les passions régissent en certains cas les décisions et les relations interétatiques. Aussi, il faut rappeler que le Maroc depuis son indépendance a privilégié l’action économique en Afrique. Il avait même instauré naguère un ministère des Affaires africaines. La différence c’est qu’auparavant ses actions économiques n’étaient pas visibles. De plus, le libéralisme économique et l’ouverture des frontières, en plus des stabilités politiques que certains pays africains connaissent, poussent à plus d’investissements étrangers au sein leur marché. La conjoncture économique mondiale pousse aussi à la diversification des marchés économiques et à l’élargissement des conglomérats et groupes économiques, afin de pouvoir contrecarrer les rivalités et la concurrence. Ce qui fait que la RAM, Maroc Telecom, Attijariwafa bank, BMCE, ONA, MANAGEM, … s’activent, de manière parfois agressive, à investir sur le continent. Cela ne se passe pas toujours sans heurts, du moment que certaines traditions de mauvaise gouvernance et influences étrangères poussent à une certaine rigidité dans les relations économiques comme le cas d’ Air Sénégal international et la RAM et de Maroc Telecom au Mali. Ce qui fait que l’économique n’arrive pas toujours à surpasser le politique, qui reste de rigueur en Afrique, avec des brins de passion, de non pragmatisme, de mauvaise gouvernance, d’alignement et de raisonnement abscons.

Aujourd’hui, l’Afrique n’est pas coupé idéologiquement. Certains parlent d’un axe Rabat-Dakar-Brazzaville contre un axe Alger-Lagos-Le Cap ?

Le problème dans ces axes c’est qu’ils n’existent que fictivement. A mon avis il y a une lutte pour le leadership en Afrique dont le véritable mentor est l’Afrique du Sud. Et elle en a les moyens, le reste des pays prêchant par alignement et par perfidie tels l’Algérie et le Nigeria. Quant au Maroc, sa présence africaine est plus que géographique, elle est culturelle sociale et historique. Cela dit, sa présence gêne dans le sens où elle contredit le plan stratégique sud-africain qui s’aligne sur un autre plan, celui des USA à vouloir construire un grand Moyen-Orient. Aussi, l’Afrique du Sud travaille pour une dislocation du continent qui tend vers une séparation avec l’Afrique du Nord, considérée comme blanche, arabe, musulmane, conquérante, dominatrice et au passé esclavagiste. Dans tout cela, le Nigeria joue un rôle prépondérant pour le compte de l’Afrique du Sud, du moment qu’il peut superviser cette culture arabo-musulmane, même amazigho-musulmane, avec un autre pays qui intéresse fortement l’Afrique du Sud, comme le Mali qui peut jouer le même rôle. De plus, la force démographique et économique du Nigeria l’impose comme médiateur incontournable en Afrique. D’autres pays essaient aussi de se positionner, comme l’Egypte en perte de pouvoir et surtout l’Algérie, qui travaille principalement et viscéralement pour un seul but, contrer le Maroc. Loin de tout pragmatisme, l’Algérie est en train de faire le sale boulot pour le compte de l’Afrique du Sud, qui la considère pour l’instant comme un allié temporaire ; mais elle reste une Algérie blanche, arabe et musulmane faisant partie du Moyen-Orient. Il faut souligner aussi que l’Algérie ne gêne aucunement par son économie rentière l’agressivité du capitalisme sud-africain, ce qui n’est pas le cas du Maroc. En conclusion, l’Afrique du Sud cherche à réussir dans le continent ce qu’elle n’a pas réussi chez elle : évacuer le supposé Blanc d’une Afrique supposée noire.

La question du Sahara n’aurait-elle plus le même intérêt dans les relations du Maroc avec les pays d’Afrique ?

Le Sahara marocain tient une place prépondérante dans les décisions politiques et économiques du Maroc. Mais la gestion de ces relations a fortement changé depuis la fin des années 90. Il y a une forte demande de pays africains amis pour un retour du Maroc dans l’instance de l’Union, pour plus d’équilibre entre les rivalités et les leaderships. Il faut rappeler que les relations maroco-africaines n’ont jamais été plus fortes et variées que depuis le refus du Maroc de siéger dans les instances corrompues de l’Union. Mais le bon sens stipule que le Maroc, avec ses amis et ses alliés, et par pragmatisme, doit œuvrer pour son retour dans l’Union. Il reste à trouver la manière et les circonstances, ce qui ne se fera pas sans embarras. L’Afrique du Sud s’y opposera et ses sous-fifres la suivront car, pour moi, le véritable danger ne vient pas de l’Algérie mais de l’Afrique du Sud.

Le Maroc constitue-t-il aujourd’hui un modèle pour le reste des pays d’Afrique ?

Effectivement, c’est un modèle de développement économique, culturel et social de gouvernance. C’est aussi un bastion de résistance pour une africanité englobant le continent, loin des races et des couleurs. C’est enfin un modèle de tolérance, de métissage et de branchement sur tous les plans. Il représente par sa monarchie, son rite malékite et ses confréries tidjanes et qadirites un espace socioculturel important dans toute l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, principalement les bassins Sénégal et Niger.

Le Maroc au secours de l’Afrique

Mohamed Semlali

Chaque fois qu’un pays subsaharien est victime d’une catastrophe naturelle, le Maroc déploie beaucoup d’efforts pour venir à son aide et ce, sans considérations politiques, à part celle de manifester une solidarité effective et agissante. La coopération Sud-Sud n’est plus pour le Maroc que des discours de circonstances clamés haut et fort, mais une politique réfléchie et conduite avec beaucoup de passion.

Ainsi, quand la famine avait sévi au Niger, le Maroc avait décidé à l’époque d’envoyer une aide alimentaire “d’urgence” dans ce pays où près d’un million de personnes était touchées par ce fléau. Un pont aérien avait permis d’acheminer des dizaines de tonnes de différents produits comme du lait en poudre, du riz, ainsi que des conserves de légumes et de poissons. Un hôpital militaire de campagne, avec 50 médecins et du personnel paramédical, a été également mis à la disposition des autorités nigériennes pour une action rapide sur le terrain.

Le roi Mohammed VI a même effectué une visite d’amitié pour réconforter les populations du Niger les plus éprouvées par la pénurie alimentaire.

Mohammed VI avait visité, en compagnie du président nigérien Mamadou Tandja, l’hôpital de campagne installé par le Maroc à Maradi, une des huit régions du Niger les plus touchées par la pénurie. Le Maroc avait également octroyé une aide humanitaire d’urgence au Burkina Faso lorsque des inondations meurtrières et dévastatrices avaient frappé certaines régions de ce pays. Le royaume fut ainsi l’un des premiers pays au monde à répondre favorablement à l’appel qu’avait lancé le gouvernement burkinabè.