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Le destin des X ben X

Salaheddine Lemaizi   Le : 2009-02-04


















L’orphelin a été toujours stigmatisé de toutes parts. D’un point de vue religieux, il est un «Oueld Al haram». Au regard de la loi marocaine, il était, jusqu’à quelques mois, inexistant et l’état civil lui attribuait le titre peu glorieux de X ben X. Enfin, pour la société, un résident de l’orphelinat est une personne potentiellement dangereuse et fatalement vouée à l’échec dans la vie.

Cette triste réalité n’est que la conséquence de la dégradation et l’abandon que connaissent les structures d’accueil de cette population depuis des décennies. Dans ce qui suit, on vous fera découvrir une structure qui marche et qui fonctionne dans ce domaine. Il s’agit de la Maison d'enfants Lalla Hasnaâ.

La baraka des orphelins

Le premier foyer d’orphelins à Casa, c’est la Maison d'enfants Lalla Hasnaâ qui recueille les enfants abandonnés dans la Wilaya du Grand Casablanca, de la naissance à l’âge de 6 ans. Située dans le quartier résidentiel de l’Oasis, le froid glacial à l’extérieur de la bâtisse contraste avec la chaleur des locaux. Aujourd’hui, les élèves d’une école primaire rendent visite aux orphelins, apportant cadeaux et gâteaux.

L’orphelinat est géré par l’association Al Ihssane qui a été créée en 1989. La princesse Lalla Hasnaâ en assure la présidence d’honneur. Par rapport à ce qui existe dans les orphelinats pour garçons -le cas d'Ain Chock est encore dans toutes les mémoires, cette structure est une réussite au niveau de la qualité des infrastructures et de la nature de la prise en charge dont bénéficient les enfants.

Pour son budget, l’Etat finance environ 15% des dépenses alors que l’association assure le reste. Le comité de gestion organise plusieurs événements pour lever des fonds, comme un gala de charité. Malgré cela, le besoin se fait sentir. «Pour une institution qui prend en charge 290 enfants dont 120 bébés, elle doit boucler un budget de trois mois. C’est vrai que ces enfants ont la baraka, on a eu des fins de mois alarmantes, mais où il arrive des miracles. Mais on ne peut pas gérer en comptant sur des miracles», affirme Sabah Sekkat-Lahrichi, trésorière de l’association Al Ihssane.

Le bâtiment qui abrite l’orphelinat appartient au ministère de la Santé, le département de tutelle. L’orphelinat emploie quelque 70 personnes, dont 41 sont des salariés de l’association.

Parmi elles, Fayza, travaille à l’orphelinat depuis 18 ans. «J’ai intégré la maison comme stagiaire et j’ai appris ce métier sur le tas. Je connais aujourd’hui le besoin de l’enfant, je travaille pour qu’il s’adapte au départ», explique cette éducatrice. «J’ai des enfants que j’oublie dès que je rentre travailler; je m’occupe de 6 enfants ici».

La directrice de la maison qui se charge de traiter les dossiers de Kafala se dit encore choquée par les préjugés qui collent aux orphelins et aux orphelinats. «Ces enfants que certains traitent de Ouled zenka sont notre raison d'être, on continuera à se battre chaque jour pour leur assurer une enfance normale. Nous ne donnons aucun intérêt à nos détracteurs», affirme-t-elle.

Des X et des noms

Dans chaque salle, une même scène émouvante se répète. Dès que vous rentrez, les enfants s’agrippent à vous. Ils voient en vous un père ou une mère qui n’est pas à leurs côtés. Chacun d’eux a une histoire bien particulière, mais tous ont le même destin. Des adultes ont décidé à bon place.

? Lalla Hasnâa, on trouve cinq catégories d’enfants. Il y a ceux dont la famille est dans une situation d’extrême pauvreté ou bien ne peut plus prendre en charge son enfant, la maman emprisonnée qui n’a pas de famille et l’enfant qui se perd dans la rue, appelé le lâché de main, qui atterrit dans l’orphelinat par le biais de la police. «Il suffit que ses parents viennent pour le récupérer. En général les parents viennent rapidement, sauf une seule fois. L’enfant était resté deux ans ici. Il a été reconnu miraculeusement lors d’une sortie des enfants. Le jour où sa maman est venue le chercher, il l’a immédiatement reconnue et il a couru vers elle. C’était un moment très fort» se rapelle Sabah Sekkat-Lahrichi.

Les deux autres catégories d’enfants sont ceux qui arrivent sous X ben X, c'est-à-dire de parents inconnus. Ils sont abandonnés dans un lieu public. «On trouve toujours les enfants dans des endroits passants, des escaliers, le hammam, le bus, le jardin public», explique Mme Sekkat-Lahrichi. «Le reflexe qu’on ne doit pas avoir quand on trouve un enfant abandonné dans la rue c’est de le ramener à la police. Certes, c’est un geste noble, mais qu’on ne doit surtout pas faire. Il faut appeler la police sur les lieux pour qu’elle fasse un constat sur les place». La dernière catégorie c’est le cas de parents qui abandonnent directement l’enfant chez la police. «Les parents de cette catégorie n’ont pas le droit de visite».

Pour certains orphelins «chanceux», les enfants sont pris en kafala, qui n’est pas l’adoption. Si vous ne le saviez pas, l’adoption, au sens d’une transmission de filiation est interdite au Maroc. Le texte juridique ne fait pas dans la dentelle. «L’adoption n’a aucune valeur juridique et n’entraîne aucun effet de la filiation», peut-on lire dans l’article 83-3 de la Moudawana. Ce que permet la loi marocaine c’est la kafala, qui équivaut à une tutelle légale sans que le lien de sang soit rompu avec les parents ou la mère biologique, s’ils sont connus. La kafala confère aux parents adoptifs un devoir de protection, d’éducation et de soin. En gros, ces parents seront toujours à la merci des parents biologiques.

«Pour la kafala, il y a une liste d’attente de 70 filles et 40 garçons». La raison qui explique cette situation c’est le statut privilégié de la maman biologique, «au cas où la maman réclamerait son enfant, la loi lui donne le droit de le récupérer. Cette situation explique la longue liste d’attente», affirme S. Sekkat. «Les familles ne s’aventurent pas dans le cas où la maman est connue, ils attendent plutôt les X ben X», ajoute-t-elle avec désolation.

La responsable ne cache pas son vœu pour un changement. «Je rêve d’une loi qui stipulerait que si la maman ne se présente pas pendant une durée de temps précise, l’enfant devient X ben X et peut être mis en kafala». Avant de s’indigner: «la situation actuelle est anormale».

Ouled Lalla Hasnâa, comme on les appelle, ne vont plus à Ain Chock mais à My Idriss. Raison invoquée par la responsable: «la Maison des filles est un seul bloc alors que Ain Chock c’est énorme. Ce changement est donc strictement pour la commodité de l’architecture». «Les enfants vous oublient très vite à Ain Chock. Alors qu’à My Idriss ils ont l’affection des filles et c’est très mignon de les voir ensemble». Les conditions de vie encore difficiles motivent certainement cette décision. «Les conditions étaient précaires, ils ont beaucoup évolué», réplique S. Sekkat.

Arrivé à 6 ans, l’enfant est à une étape des plus délicates de sa vie. Il doit quitter son environnement d’enfant pour devenir un adulte malgré lui. Les filles sont envoyées à la Maison des filles, sise Bd Moulay Idriss 1er et les garçons sont installés dans les tristement célèbres Maisons des garçons d’Ain Chock. Commence alors une autre vie.>

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