Le Maroc est-il surendetté ?
Fatima-Zohra Jdily Le : 2009-12-24
Chaque année, une part importante de la richesse nationale repart vers le Nord pour le remboursement de la dette. Néanmoins, assure Zouhair Chorfi, directeur du Trésor et des finances extérieures au ministère de l’Economie et des finances, le royaume a vu la part de sa dette dans le PIB baisser substantiellement durant ces dernières années. Un avis que ne partage pas tout à fait Mimoun Rahmani. Ce membre du Comité d’annulation de la dette du Tiers-monde (CADTM) reconnaît que le gouvernement a réussi à faire passer sa dette extérieure de 21,3 milliards de dollars à fin 1992 à 14,3 milliards de dollars fin 2003. Mais, ajoute-t-il, cette baisse n’est pas le résultat d’une «quelconque gestion rationnelle et efficace». D’après lui, elle a surtout profité aux créanciers du Nord et aux «classes capitalistes locales». M. Rahmani va plus loin encore. Il estime que la diminution de la dette extérieure n’est que temporaire car les mécanismes mis en œuvre ne sont pas viables à long terme. «Un petit calcul montre que l’Etat marocain n’a baissé le solde de sa dette extérieure que de 7 milliards de dollars, alors qu’il a transféré, dans le même temps, des sommes cinq fois plus importantes», argumente-t-il. «Pire, on a assisté dans le pays ces dernières années à un transfert d’une dette externe vers une dette interne», note-t-il. Alors que la dette extérieure a diminué de 7 milliards de dollars entre 1992 et 2003, la dette intérieure a quant à elle été multipliée par deux, passant de 12,3 à 24,8 milliards de dollars.
De son côté, Z. Chorfi confirme que 80% de la dette globale sont constitués de dette intérieure. N’empêche, le Maroc recourt désormais et de plus en plus au marché international. La raison ? D’après Mimoun Rahmani, la politique de réduction de la dette extérieure par la dette intérieure a rapidement montré ses limites. Ainsi, le maintien par l’Etat d’un budget d’investissement colossal sur les cinq prochaines années dans un contexte d’assèchement des liquidités domestiques peut l’orienter vers un nouvel alourdissement de sa dette extérieure. D’ailleurs, cette dernière a de nouveau augmenté ces trois dernières années, passant de 13,6 milliards de dollars en 2006 à 15,9 milliards de dollars en 2007. De ce fait, le processus d’endettement extérieur a déjà recommencé. La Banque mondiale, dans son dernier rapport sur le Maroc, estime que la dette extérieure du Maroc atteindra 20 milliards de dollars en 2009. Cependant, le directeur du Trésor et des finances extérieures demeure optimiste. Contrairement à Rahmani, il estime que le Maroc est loin d’être surendetté (voir entretien, ci-après).
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