Bank Al-Maghrib Le Maroc appelé à plus de vigilance

A l’issue de la réunion du conseil de la Banque tenu le mardi 22 décembre 2009, Abdellatif Jouahri a déclaré que l’économie internationale a montré des signes de reprise, mais des fragilités liées au chômage et au marché du crédit persistent encore, ce qui pourrait affecter l’économie nationale, qui a réalisé ces derniers mois des «performances moins négatives», dans un contexte de crise. Ainsi, le gouverneur de la banque centrale appelle à plus de vigilance. Selon lui, il faut assurer un suivi attentif des sphères, réelle et financière, pour apporter les corrections qui s’imposent de manière à limiter les conséquences négatives d’une conjoncture internationale qui peut se détériorer à tout moment. A la même occasion, le Conseil de BAM a fait état d’un taux d’inflation de 3,9% en glissement annuel au 4e trimestre de l’année 2008, conformément à la prévision centrale publiée dans le Rapport sur la politique monétaire de décembre 2008. La poursuite du mouvement de décélération de l’inflation est le résultat du ralentissement de l’inflation des biens échangeables, estime le Conseil de BAM, notant que l’atténuation des tensions sur les prix des matières premières non énergétiques, particulièrement ceux des produits alimentaires de base, et du pétrole, a contribué de façon importante au repli de l’inflation des biens échangeables.

Résistance et vigilance Les dernières données disponibles montrent que la hausse des prix s’est située à 3,8% en février, après avoir atteint 4% en janvier, précise BAM, ajoutant que cette évolution reflète principalement la forte hausse des prix des produits frais, tandis que la tendance fondamentale des prix demeure orientée à la baisse comme le confirme le repli très rapide du rythme de progression de l’indice de l’inflation sous-jacente, revenu de 3,3% en décembre à 2,8% en janvier, et à 1,3% en février.

La prise en compte de la transmission de la récente hausse des prix des matières premières au niveau international s’est toutefois traduite par une révision à la hausse de la prévision centrale au terme de l’horizon de prévision, soit environ 2,5% au lieu de 2%. En moyenne sur cet horizon, l’inflation s’établirait à 1,9%. Quant à l’inflation sous-jacente, elle devrait être négative en 2009 et resterait inférieure à 2% au terme de l’horizon de prévision. Cette orientation est corroborée par l’évolution des prix à la production industrielle qui ont été les plus impactés par le mouvement de baisse des cours du pétrole et des matières premières non énergétiques importées, enregistrant une diminution de 2,8% en décembre dernier et de 7,8% en janvier 2009. L’institut d’émission a signalé que la baisse des prix à la production industrielle s’est poursuivie, mais à un rythme inférieur, s’établissant à 16,9% en octobre au lieu de 18,8 % en septembre et 20,8 % en août. Selon la même source, les pressions émanant de la demande, particulièrement extérieure, devraient rester modérées. La volatilité des prix des produits de base sur les marchés internationaux, en particulier du pétrole, constitue toutefois une source d’incertitude. Dans ce contexte, marqué par une orientation à la baisse des risques et une prévision centrale de l’inflation en ligne avec l’objectif de stabilité des prix, le conseil a décidé de maintenir le taux directeur à 3,25%. Ce taux a été jugé comme approprié. «Le niveau actuel du taux directeur paraît approprié compte tenu de l’ensemble des données disponibles», justifie le conseil de la banque centrale. Cette décision donne donc raison à ceux qui estimaient que la banque centrale attendrait la confirmation de la tendance baissière de l’inflation. Pourtant, c’est bien une modération sensible des pressions inflationnistes au cours des prochains trimestres qui est anticipée, notamment compte tenu de l’affaiblissement des pressions émanant de la demande qui pourrait persister dans le contexte de dégradation plus importante que prévu de l’activité et des incertitudes sur l’évolution de la croissance mondiale. Cela dit, la volatilité des prix des matières premières, en particulier le pétrole, contraint BAM à rester sur ses gardes. Mis à part les pronostics sur l’inflation, ce sont les prévisions de BAM pour la croissance nationale qui étaient également attendues. Quelques ajustements ont à ce titre été portés aux avis exprimés lors de la précédente réunion du conseil en mars. Il est noté que la croissance non agricole s’est inscrite en rupture par rapport à sa tendance observée au cours des 4 dernières années. Elle ne devrait pas dépasser 2% au cours du premier semestre et serait inférieure à 3% pour l’ensemble de l’année 2009, au lieu de 4,2% en 2008 et 6,5% en 2007. Toutefois, la croissance globale, au vu des dernières données disponibles sur la campagne agricole, devrait se situer entre 5 et 6% en 2009, un niveau comparable à celui réalisé en 2008. Selon l’institut d’émission, la croissance économique nationale devrait relativement bien résister en 2009, essentiellement à la faveur d’une bonne performance du secteur agricole et, dans une moindre mesure, de la demande intérieure, estime l’Institut d’émission.

Les retombées du ralentissement de l’activité mondiale se manifestent principalement au niveau des exportations, du tourisme, des transferts des Marocains résidant à l’étranger et, éventuellement, des investissements directs étrangers, indique la même source, ajoutant que le rythme de progression des secteurs non agricoles devrait ralentir au cours des prochains trimestres. De même, les performances au titre de la balance des paiements seront meilleures qu’en 2008, les réserves de change devraient se maintenir à un niveau proche de celui de décembre 2008. Encore une fois le Wali de BAM fait sa sortie médiatique pour dire que le système bancaire marocain est solide. Pour sa part, l’analyse des conditions monétaires fait ressortir la poursuite de la modération de la croissance de l’agrégat M3, qui s’est établie en octobre, en glissement annuel, au même rythme que celui observé au troisième trimestre, soit 6,4%. Le crédit bancaire, en dépit de la poursuite du ralentissement, demeure encore relativement dynamique avec une augmentation de 10,7% en octobre au lieu de 14,9% au troisième trimestre. Le conseil de Bank Al-Maghrib, qui a tenu sa réunion trimestrielle mardi dernier, a finalement décidé de réduire le taux de la réserve monétaire de 2 points à 10%. L’institut d’émission justifie la révision de la réserve obligatoire autant par «l’ampleur et le caractère durable du besoin de liquidités sur le marché monétaire» que par «les prévisions d’évolution des facteurs de liquidités». Seul bémol, le gardien des banques marocaines rappelle que les principaux partenaires économiques du Maroc se trouvent dans «une situation difficile», avec des taux de chômage à deux chiffres, un endettement public en hausse etc., notamment en Espagne et en France. Cette situation à l’international ne manquera pas d’affecter les performances de l’économie nationale, principalement à travers les secteurs exportateurs de biens et services, le tourisme et les transferts des MRE.

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